Impacts négatifs du prolongement de la 25 sur la santé
La Direction de la santé publique de Montréal réaffirme ses positions
Le prolongement de l'autoroute 25, tout comme la modernisation de la rue Notre-Dame, est un projet démodé, affirme-t-on à la DSP de Montréal. Alors que l'organisme montréalais reprenait le crachoir, jeudi, au sujet des enjeux que représente le développement routier, la DSP de Laval reste discrète.
En 2002, plus de 1500 décès prématurés, plus de 500 visites à l'urgence pour problèmes cardiorespiratoires et 6000 cas de bronchite infantile étaient reliés à la pollution atmosphérique sur l'île de Montréal.
Selon diverses études, ceux qui vivent à proximité d'une voie de circulation majeure souffrent davantage. L'hospitalisation pour des problèmes respiratoires est accrue de 21% pour les 60 ans et plus, les 55-77 ans voient leur taux de mortalité cardiorespiratoire accrue de 53% (à 100 m ou moins d'une voie majeure) et le nombre de naissances de bébés de petit poids est accru de 17% (à 200 m ou moins).
Deux sorties
Ces chiffres étaient présentés aux médias par la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal le 22 janvier. La présentation donnait un avant-goût du mémoire qu'elle a déposé jeudi, dans le cadre des consultations publiques sur le projet de modernisation de la rue Notre-Dame.
Au cours de ces deux sorties publiques en moins de trois semaines, l'organisme a réaffirmé sa position en défaveur de tout projet impliquant l'accroissement du transport automobile, en raison des effets néfastes sur la santé. Le projet de prolongement de l'autoroute 25, à Laval et Montréal, est toujours dans sa mire.
Plus prudente
Comme sa consoeur montréalaise, la DSP de Laval a fait part des risques pour la santé et de ses recommandations relativement au prolongement de l'A-25, dans son mémoire présenté en juin 2005 au Bureau d'audience publique sur l'environnement.
À Laval, on est manifestement plus prudent avec les chiffres, et les conclusions sont moins tranchantes. L'impact de la pollution atmosphérique sur la santé est mentionné, sans plus, dans le mémoire de la DSP de Laval.
«Tout ça est très difficile à mesurer, a mentionné Claude Prévost, médecin-conseil en environnement de la DSP de Laval, lors d'une entrevue téléphonique le 31 janvier. Mais les statistiques sont assez constantes d'une étude à l'autre.»
Les deux DSP ont par ailleurs mis en doute, dans leur mémoire respectif, l'impact estimé par le gouvernement québécois du projet de l'A-25 sur la circulation automobile.
L'ajout de nouvelles infrastructures routières peut encourager les gens à opter pour la voiture, souligne-t-on de part et d'autre. La DSP de Montréal, qui a mandaté un chercheur spécialisé en transport, affirme que cette induction de déplacement effacera, à long terme, les bénéfices à court terme de la diminution de la congestion annoncée par Transports Québec, sur les ponts reliant Laval et Montréal.
«Plus on va loin dans le futur, plus il est difficile de prédire, de dire ce qui va se passer», tempère Claude Prévost, de la DSP de Laval.
Rien de nouveau
De l'aveu même de Norman King, épidémiologiste de la section environnement urbain et santé de la DSP de Montréal, rien de nouveau n'a été apporté dans le débat public sur le prolongement de l'autoroute 25, ces dernières semaines.
«On raffine notre message, résume-t-il. Notre prise de position de base est que le transport est lié à des problèmes de santé, et qu'il est important d'apporter des changements dans l'organisation urbaine du transport.»
«Notre position face à ce dossier n'a pas changé», dit pour sa part Martine Caza-Lenghan, porte-parole de la DSP de Laval. «On a toujours dit qu'on privilégie le transport en commun, précise-t-elle. On n'a jamais dit qu'on était pour [le prolongement de l'autoroute 25].»
La DSP de Laval n'a jamais dit non plus qu'elle était contre. Le mandat confié par la Loi sur la santé publique aux DSP n'est pas de prendre position dans les débats publics, précise la porte-parole.
La DSP de Montréal avait cependant pris franchement position contre le projet. «Nous, on est reconnus comme un organisme qui n'hésite pas à prendre position. Notre mandat est non seulement d'informer, mais de proposer des solutions», fait valoir Norman King.
Selon diverses études, ceux qui vivent à proximité d'une voie de circulation majeure souffrent davantage.