Si le coeur de Laval, au carrefour de l'A-440 et l'A-15, est le plus touché par le phénomène des îlots de chaleur, Sainte-Dorothée est tout à fait visible sur une image satellitaire thermique, en raison de ses deux mégacentres. <[:AC:]CP(Photo: Marc-André Ménard)<[:AC:]$p>
Sainte-Dorothée sur la carte des îlots de chaleur
Le bitume des deux mégacentres fait monter le mercure en été
Si le coeur de Laval, au carrefour de l'A-440 et l'A-15, est le plus touché par le phénomène des îlots de chaleur, Sainte-Dorothée est tout à fait visible sur une image satellitaire thermique, en raison de ses deux mégacentres.
«Ces îlots n'étaient pas là il y a cinq ou six ans», fait remarquer le directeur du Conseil régional de l'Environnement (CRE) de Laval, Guy Garand.
Comme dans d'autres secteurs envahis par l'asphalte à Laval, les températures estivales ont tendance à être de cinq à dix degrés plus élevées que dans le voisinage, dans les deux mégacentres séparés par le boulevard Notre-Dame, à l'intersection de l'autoroute Chomedey.
Ce constat a été réalisé dans le cadre d'une vaste étude sur le couvert végétal et les îlots de chaleur du territoire de la Communauté urbaine de Montréal. L'étude, instiguée par le CRE Laval, a été réalisée par une équipe de trois chercheurs universitaires montréalais.
Elle a été rendue publique lundi à Montréal, lors d'un colloque présenté conjointement par les CRE de Montréal et Laval.
Innondations
Les cartes sectorielles de Laval, révélées par le directeur du Département de géographie de l'UQÀM, Yves Baudoin, montrent l'évolution thermique de Sainte-Dorothée, de 1984 à 2005. Les secteurs les plus touchés: l'emplacement actuel des deux mégacentres et les développements domiciliaires à l'ouest de l'A-13, de part et d'autre du boulevard Notre-Dame.
À noter, la zone entre la rue Diane et l'A-13, en bordure de la rivière des Prairies. De nouveaux développements cossus, incluant le secteur Villas-sur-Rive, ont fait leur apparition à proximité du cours d'eau, dans la dernière décennie.
Le remplacement de la verdure par l'asphalte a un autre effet insidieux, souligne Yann Vergriete, de l'Institut de recherche en biologie végétale: le ruissellement de l'eau de pluie, qui n'arrive plus à percoler aussi bien dans le sol.
En période de forte pluie, l'effet est «exponentiel», dit-il, et peut mener à des inondations. Dans un secteur aussi vulnérable aux crues, on défie dangereusement la nature.
De plus en plus chaud
Ces nouveaux quartiers riverains ne figurent toutefois pas encore sur la carte des îlots de chaleur. «Un secteur peut être dégradé [perte de végétation] sans nécessairement être un îlot de chaleur», précise M. Beaudoin.
Cependant, la chaleur dégagée par la prolifération des bâtiments, du bitume et la perte de végétaux s'accentue et s'étend dans le temps, à la faveur des changements climatiques, confirme Marie-France Sottile, chercheure au consortium Ouranos, spécialisée dans la recherche climatologique.
Et cela, même si le développement stoppait net dès maintenant. Les scénarios climatiques étudiés par Ouranos, dans le cadre des travaux de Yves Beaudoin, sont très conservateurs, note-t-elle.
En clair, des zones qui sont encore aujourd'hui tolérables, du point de vue de la température ambiante, en période de canicule estivale, peuvent très bien devenir insupportables dans un avenir assez rapproché.
Pour les personnes souffrant de maladies cardiorespiratoires, pour les jeunes enfants et pour les aînés, vivre près d'un îlot de chaleur, lors de chaleurs accablantes, peut avoir des conséquences graves, note Norman King, épidémiologiste de la Direction de la santé publique de Montréal.
Des mesures simples de verdissement (ajout de végétaux) sur et à proximité des bâtiments, ainsi que la conservation des milieux humides, qui absorbent l'eau des précipitations, font partie des solutions préconisées par M. Vergriete.
(Photo: Mégacentre)