Le maire a cité en exemple le cas d'un dépanneur Couche-Tard, construit sur le flan d'une maison ancestrale, à Sainte-Rose. Un projet qui n'avait pas fait l'unanimité.
(Photo: Marc-André Ménard)
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Faut-il passer le flambeau aux villes?
Consultation publique pour une révision de la loi sur les biens culturels
C'est le lundi 5 mai, que la ministre de la Culture, Christine Saint-Pierre, s'est arrêtée à Laval pour tenir sa consultation publique sur la Loi sur les biens culturels. La question de la protection et mise en valeur du patrimoine a particulièrement retenu l'attention.
La tournée Un regard neuf sur le patrimoine découle de la volonté de moderniser la loi actuelle. Elle touche autant la protection du patrimoine bâti que celle des collections des musées, ainsi que la sauvegarde de lieux ou événements culturels porteurs de savoirs et traditions.
«À ce jour, nous avons reçu 200 mémoires, dont neuf aujourd'hui à Laval. Le patrimoine culturel, les gens prennent ça au sérieux», a annoncé d'entrée la ministre Saint-Pierre.
La responsabilité des municipalités
En matinée, la Fédération des sociétés d'histoire du Québec (FSHQ), de la Société d'histoire et généalogie de l'île Jésus et de la Société des musées québécois (SDQ) ont émis leurs mémoires. La question qui a soulevé l'inquiétude, sinon l'ire des intervenants, reste le transfert anticipé de gestion aux municipalités.
«En 1986, les municipalités ont acquis plus de pouvoirs en matière de protection du patrimoine. Depuis, elles n'ont pas démontré leur capacité à bien appliquer la loi et ses sanctions. Souvent, la Ville est la plus grande menace pour le patrimoine bâti», d'affirmer le président de la FSHQ, Richard M. Bégin.
Ses propos ont rejoint ceux exprimés ultérieurement par le président de la Société d'histoire et généalogie de l'île Jésus, Serge Gravel, qui a mis l'accent sur le peu d'investissement en matière patrimoniale à Laval. Après avoir énuméré plusieurs villes, dont Longueuil, Montréal et Sherbrooke, qui dépensent 4,72$ par citoyen en matière patrimoniale, M. Gravel a révélé qu'«à Laval, la Ville investit moins d'un dollar. Ça tend à changer depuis 2008. Mais il y a inégalité entre municipalités. Le transfert de pouvoir devra être accompagné de balises et conditions serrées».
«On juge les projets au mérite. On n'a pas une philosophie de dollars par habitant. On ne peut pas gérer une ville comme ça», s'est contenté de répondre le maire, lors de son passage en après-midi.
Sanctions plus sévères
Manque d'expertise ou d'intérêt, sanctions dérisoires, meilleure concertation entre le monde de l'urbanisme et celui de la culture, formation des élus, délégation de responsabilités vers des organismes spécialisés, la ministre et son équipe devront se pencher sur de nombreux enjeux ces prochains mois avant le dépôt de la nouvelle loi.
«Il y a une prise de conscience de l'importance de conserver notre patrimoine. Nous devons exiger un respect exemplaire et des sanctions beaucoup plus sévères dans ce domaine», a réagi Christine Saint-Pierre devant la perplexité exprimée.
Ressac
Les représentants de la Ville, premiers à prendre place devant la ministre de la Culture après la pause du lunch, ont subit le ressac des auditions de la matinée.
«On a entendu des commentaires ce matin, à l'effet que la Ville n'a jamais procédé à la citation [d'éléments patrimoniaux]. Est-ce que Laval a assez d'argent pour le processus?» a demandé Fernand Lévesque, directeur général, Direction générale des politiques, du patrimoine et du financement.
«On procède autrement, a fait valoir le maire. Il y en a qui croient qu'il faut qu'il y ait des citations. Je suis de la deuxième école de pensée.» D'autres outils ont été développés, a indiqué Gisèle Chapleau, urbaniste, adjointe au directeur du Service de l'urbanisme de Laval.
«Depuis 1992, on considère l'importance de bâtiments dans les noyaux villageois ou dans les rangs. On les appelle nos bâtiments d'intérêt patrimonial. Ils ne sont peut-être pas cités, mais ils bénéficient de diverses mesures de protection, qui vont jusqu'à l'interdiction de démolir», a-t-elle expliqué.
À cet égard, comment faire en sorte que l'intégrité du patrimoine soit respectée, a demandé Christine Saint-Pierre. Est-ce que des amendes sévères constituent une solution?
«Si une personne très riche se voit imposer une sanction de 5000$, en cas de démolition d'un bâtiment, elle peut décider de démolir. Pour elle, c'est un coût de développement comme un autre», a répondu le maire Vaillancourt.
Couche-Tard et patrimoine
La collaboration entre la Ville et un promoteur peut déboucher sur une avenue plus intéressante, a plaidé M. Vaillancourt, en citant en exemple le cas d'un dépanneur Couche-Tard, construit sur le flan d'une maison ancestrale, à l'angle des boulevards Mattawa et Sainte-Rose. Un projet qui n'avait pas fait l'unanimité, lors de sa réalisation, à l'été 2006.
«Gilles Vaillancourt ne "ressent" pas le patrimoine. Ça ne l'intéresse pas. Pour lui, le patrimoine culturel, c'est les églises, ça ne va pas plus loin que ça», lance Philippe Gariépy, président de l'organisme Patrimoine en tête, lors d'une entrevue téléphonique au lendemain de la consultation publique.
Invité à présenter un court témoignage devant la délégation ministérielle lundi, il a évoqué le «paradoxe patrimonial de la ville de Laval». «À Laval, on fait bien les choses au niveau de la paperasse. En pratique, sur le terrain, c'est la dégradation.»
(Photo: Couche tard)
(Photo: Marc-André Ménard)
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(Photo: Martin Alarie)