Une grande zone marécageuse, à l'ouest de la rue de la Plage-Venise, à Auteuil.
(Photo: Jacques Pharand)
(Photo: castor)
Un flirt avec la rivière
Randonnée 2: bois d'Auteuil
Sur la carte, les rues tranchent à la verticale la trame verte qui épouse le bleu de la rivière: le bois d'Auteuil. Nous sommes à la mi-mars. La neige et la glace peuvent encore fournir les ponts nécessaires pour passer d'une enclave de nature à l'autre. En route!
Un sentier large, le secteur résidentiel qui ne disparaît jamais vraiment derrière les branches dénudées, une petite cédrière à droite, qui fait un écran devant l'ancien stationnement des plages Idéale et Jacques-Cartier. Le décor est éclaté, au bout de la rue Bérard.
«Laval a acheté [ce terrain] à la fin des années 1970, explique Guy Garand, directeur du Conseil régional de l'Environnement (CRE) de Laval. Nous, ce qu'on demande, c'est l'aménagement d'un camping léger, pour y attirer les camps de jour et les activités d'interprétation.»
L'aménagement et l'encadrement du site décourageraient les flâneurs et les activités illicites, fait-il valoir, au moment où de profondes balafres creusent le sentier: une motoneige est passée par ici il y a peu de temps.
Tout au long de la balade, cette idée d'un aménagement récréatif léger est ressassée par les deux guides, qui imaginent ici un sentier, là une piste cyclable. «La route verte est tout près», note M. Garand.
Ces discussions ne préoccupent pas Laurent Brisson, botaniste autodidacte de l'association de protection de la flore FloraQuebeca, qui s'est joint à notre groupe. C'est plutôt un orme rouge qui capte son attention. L'espèce ne fait pas partie de la liste des plantes menacées ou vulnérables du Québec, mais pourrait s'y trouver un jour, assure-t-il.
Promontoire de pins blancs
Le premier contact avec la rivière des Mile-Îles en partie gelée se fait avec, en toile de fond, l'île Garth, une réserve écologique fédérale. «Vous voyez la tache sombre, à droite? C'est le plus gros chêne de la région métropolitaine!» dit le directeur du CRE en pointant vers l'île.
Pour accéder au prochain point d'intérêt, le secteur des Terrasses Stewart, vers l'ouest, il faut longer la berge et les saules noirs et braver la glace qui craque sous le poids des promeneurs. Vivement la terre ferme.
C'est en fait un promontoire qui nous attend, avec une vue magnifique de la rivière, de l'île et de la rive nord. Sous les pins blancs, un ancien court de tennis, encore des empreintes de motoneige. Nous sommes sur une propriété privée.
Quelques vieux chalets décrépits se dressaient encore autour du tennis, il y a quelques années. Ils ont été brulés, pour servir d'exercice aux pompiers, relate M. Garand. Mieux vaut ne pas reconstruire, soutient-il. L'intérêt écologique ici, c'est la berge, le rôle d'éponge qu'elle joue en cas d'inondation, dit-il, en redescendant vers la rivière.
Une baie tranquille
À l'est de la rue de la Plage-Venise, la raquette trouve son utilité. Le décor magnifique, plus sauvage, les grands espaces blancs entre les bosquets d'arbres matures; ces indices ne trompent pas. Nous sommes dans une grande zone marécageuse, affirme Richard Pelletier, biologiste du CRE. «C'est une belle petite baie de saules noirs», s'écrie Guy Garand, resté derrière avec Laurent Brisson, qui a certifié la chose.
Dans quelques semaines, explique M. Pelletier, la grosse carpe et le brochet viendront frayer dans les grands herbiers qui dorment sous nos pieds. La tortue peinte se fera chauffer au soleil sur les pierres émergeantes.
À cette époque de l'année, la nature est ingrate, la faune discrète. Avant de revenir sur nos pas, malgré tout, deux peupliers rongés à mort attestent la présence d'un castor dans les parages. À la lisière de la 9e rue, où prend fin notre randonnée, ce sont les poils d'un raton laveur et d'un cerf de Virginie qui occupent notre imagination.
Le chemin du retour, sur la glace vacillante, est balayé par le vent qui charrie les promesses du printemps. Des colverts s'attardent dans une brèche ondulante, devant l'île Garth. Un moment de grâce, à quelques jets de pierre de la civilisation.
Plus de photos sur notre site www.courrierlaval.com
(Photo: marecage)
(Photo: Jacques Pharand)
(Photo: castor)
(Photo: Jacques Pharand)
Bois d'Auteuil
> 112,47 ha
> Au nord: rivière des Mille-Îles
> À l'est: boulevard des Laurentides
> Au sud: avenue des Terasses
> À l'ouest: chemin de fer du CP
Zonage mixte
Source: CRE Laval
Le Courrier Laval présentait, au printemps 2007, une série de six reportages sur les milieux naturels d'intérêt de Laval. Les visites effectuées sur le terrain étaient guidées par Guy Garand, directeur du Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval et Richard Pelletier, biologiste de cet organisme. Le botaniste Laurent Bisson, de FloraQuébéca, accompagnait également le groupe.
Cette série de texte a valu à la journaliste Nathalie Villeneuve le premier prix, catégorie Environnement, ainsi que le prix Yves-Gagnon (meilleur texte journalistique de l'année) à la soirée gala des Grands prix des Hebdos, qui se tenait à Montréal le 31 mai.
Claude Bigras
Commentaire mis en ligne le 27 juillet 2008pour des souvenirs