Steven Guilbeault (Équiterre), Arthur Sandborn (Greenpeace) et André Porlier (CRE Montréal) lors d'une conférence de presse, le 30 janvier dernier, alors qu'ils exhortaient le gouvernement d'attendre le jugement du tribunal avant d'autoriser le début des travaux de parachèvement de l'autoroute 25.
(Photo: Martin Alarie)
Les verts persistent et signent
Déboutés en Cour supérieure, les trois grands groupes écologistes, bien que déçus du jugement, n'en démordent pas: la preuve démontre clairement que la nouvelle démarche, mise en place par le gouvernement québécois dans le cadre des partenariats public-privé, a permis de soustraire du processus de consultation publique des pans complets du projet et de ses impacts environnementaux.
Dans un communiqué émis hier, en milieu d'après-midi, le Conseil régional de l'environnement de Montréal (CREM), Équiterre et Greenpeace «s'expliquent mal la décision du juge qui leur apparaît ignorer l'esprit et la finalité de la Loi sur la qualité de l'environnement et ne pas tenir compte des l'ensemble de la preuve».
Les trois organismes se donnaient quelques jours de réflexion pour étudier la possibilité de porter la cause en appel.
Selon ces derniers, le jugement cautionne l'amendement de la procédure liée aux audiences publiques du BAPE par le conseil des ministres plutôt que par la voie démocratique qui se joue devant l'Assemblée nationale. «Doit-on comprendre que le gouvernement possède un pouvoir discrétionnaire illimité en matière d'étude d'impact et d'audiences publiques en environnement? Il s'agirait là d'un recul évident pour l'exercice démocratique de la protection de l'environnement», déclare le directeur du CREM, André Porlier.
Pour sa part, son collègue d'Équiterre, Steven Guilbeault, déplore que «le juge Béliveau réduit tout le processus d'évaluation environnemental à un exercice de style vide de sens et de contenu et le processus de consultation publique, à une simple soupape sociale».
Les écologistes en donnent pour preuve l'avis d'un expert de la direction des évaluations environnementales au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, en date du 15 mars 2002, qu'a décidé d'ignorer le juge dans son jugement, estiment-ils. Cet avis se lisait comme suit: «Reporter le choix de l'ouvrage [pont], l'évaluation des impacts, le choix de la méthode de travail, le choix des mesures d'atténuation et compensatoires à une étape ultérieure rend le processus insignifiant, voire inutile». Voilà un des nombreux éléments mis en preuve qui devait démontrer que «le MTQ [ministère des Transports du Québec] n'a jamais été en mesure, en l'absence du futur partenaire privé, de répondre adéquatement à toutes les questions concernant le type de pont, les méthodes de construction, les solutions alternatives et les ouvrages temporaires».
Enfin, Arthur Sandborn de Greenpeace considère que «de condamner des organismes avec peu de ressources financières à payer les dépens du gouvernement, du concessionnaire privé et de leurs alliés constitue une entrave à l'exercice de droits pourtant prévus dans la loi sur la qualité de l'environnement». Rappelons que le juge Béliveau a fait valoir qu'il n'y avait aucun motif sérieux d'écarter la règle générale voulant que la partie qui succombe supporte les dépens.
Réaction du maire
Ardent défenseur du pont dans l'est, le maire Gilles Vaillancourt a quant à lui accueilli avec enthousiasme le jugement de la Cour supérieure. «Le juge a disposé des derniers litiges qui existaient. Personne ne peut remettre en question le bien-fondé du bien public», a-t-il laissé entendre, rappelant que les citoyens réclamaient cette infrastructure depuis plus de 30 ans.