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L’Heptade: le chant du cygne d’Harmonium

par Carl Rodrigue
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Article mis en ligne le 22 juin 2008 à 19:12
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L’Heptade: le chant du cygne d’Harmonium
Si la musique a évolué à pas de géant au Québec durant la Révolution Tranquille, la décennie allant de l’Expo 67 aux Jeux olympiques de 76 demeure en soi inégalée en ce qui a trait à l’effervescence musicale. Trônant au sommet du panthéon de la musique québécoise aux côtés des Charlebois et Forestier de Robert Charlebois et Louise Forestier, Jaune de Jean Pierre Ferland, Beau Dommage de Beau Dommage et autre J’ai vu le loup, le renard et le lion de Robert Charlebois, Gilles Vigneault et Félix Leclerc, L’Heptade d’Harmonium n’est rien de moins que l’apothéose de la jeune formation.
Encouragé à aller de l’avant par un public de plus en plus nombreux et fort du succès de ses deux premiers albums déjà très novateurs, Harmonium va tenter se dépasser une nouvelle fois. Une dernière fois. De ses quelques pièces dépassant la barre des dix minutes – rappelons pour la petite histoire que deux ans auparavant, Beau Dommage avait lancé la pièce Un Incident à Bois-Des-Filion dépassant déjà les vingt minutes et que l’année suivante, Harmonium avait à son tour offert Histoires sans paroles d’une durée de 17 minutes – à ses arrangements symphoniques, l’album va littéralement faire éclater tout ce qui reste de conventions musicales au Québec. Mais c’est également sur le fond que l’œuvre se démarque. Album concept décrivant les sept niveaux de conscience de l'homme, L’Heptade est un «trip» dans tous les sens du mot. Et si le récit trempe dans de la musique rock progressive, on ne saurait passer outre les chœurs qui, dans le cadre du spectacle à venir à l’occasion du Mondial Choral, devraient y trouver toute leur force.
D’aucuns se demandèrent pourquoi l’aventure s’était arrêtée au moment même où le monde entier ouvrait ses portes à la formation. La raison est pourtant bien simple. Après L’Heptade, il n’y a nulle part où aller. «Le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin», comme le disait Jean Coteau. Non pas que les membres soient allés « trop » loin, mais ils savaient qu’après avoir atteint un tel sommet, on ne peut que redescendre. C’est quelque chose que Peter Gabriel avait compris lui aussi après que Genesis ait accouché de The Lamb Lies Down on Broadway à la même époque. Reste que sans cette dissolution prématurée, la formation ne bénéficierait pas de l’aura qu’elle a aujourd’hui. Consolons-nous alors d’avoir pu tout de même bénéficier de la musique d’Harmonium… même si ce ne fut que pour un instant.
«C’est drôle depuis le réveil, tout est fort dans mes oreilles

Même les sons si familiers, jusqu’aux bruits dans l’escalier

Et même si l’horloge m’a sonné, pour mieux se faire voir

Être sourd pour une heure, j’voudrais m’entendre le cœur

Le soleil était mon seul silence, j’suis moins seul quand j’y pense»

Extrait de Comme un fou

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