Jean-Paul Viau a été le premier de nombreux citoyens à venir exprimer leur opposition à l'agrandissement de la carrière Simard-Beaudry dans l'est.
(Photo: Maya)
Fichier: JeanPaul Viau
Levée de boucliers contre l'agrandissement de la carrière Simard-Beaudry
Plus de cinquante de citoyens s'y opposent fermement
Une longue soirée de travail attendait, jeudi, le vice-président du comité exécutif de Ville Laval, André Boileau, qui, exceptionnellement en l'absence du maire Vaillancourt, avait pour tâche d'animer une de ses premières assemblées de consultation publique, à l'hôtel-de-ville.
Pendant près de quatre heures, M. Boileau a eu à faire face à un barrage d'opposition et à prêter l'oreille aux objections des citoyens venus nombreux exercer leur droit de parole contre trois projets de règlement adoptés par le conseil municipal, en première lecture, au début du mois.
Non à la carrière!
L'opposition la plus musclée est toutefois venue des citoyens de l'est de l'île, avoisinant la carrière Simard-Beaudry qui cherche à agrandir sa zone d'exploitation. Plus de cinquante personnes ont clairement exprimé leur profond désaccord face à ce projet qui, selon toute vraisemblance, devrait mourir au feuilleton.
Présent dans la salle, le directeur des opérations de la carrière, Denis Bouchard, est intervenu à maintes reprises pour apporter des précisions et répondre aux questions, sans trop de succès. Les voisins disent en avoir marre du tintamarre et de manger de la poussière.
Si, au fil des années, ils ont fini par accepter les inconvénients de vivre à proximité d'une carrière, pas question pour eux de donner leur aval à un projet qui viendrait empoisonner encore davantage leur existence, ont-il laissé entendre.
«Je les connais les inconvénients, je vis l'enfer depuis 35 ans», a lancé d'entrée de jeu Jean-Paul Viau, un résidant du Rang St-Elzéar.
Mea culpa
Premier à s'exprimer, M. Viau a déploré le fait qu'il n'avait jamais reçu de lettre circulaire en provenance de la Ville, pour l'informer de la tenue de cette importante assemblée. «Vous êtes ici ce soir; l'objectif est atteint», lui a répondu tout de go Me Boileau, rappelant que «la Ville n'est pas obligée de le faire».
Après vérification, on apprend que seulement deux propriétaires ont reçu l'avis en question.
À la Ville, on fait son mea culpa. «Du côté est de la carrière, certains résidants de la Montée Saint-François et de l'Avenue des Perrons auraient normalement dû recevoir le document d'information», reconnaît le porte-parole Marc Laforge, assurant que l'erreur n'en est pas une de mauvaise foi.
«Mais, on peut constater que la démocratie s'est exprimée, hier soir», reprend-il.
Au cours de la même assemblée, les propriétaires fonciers du projet domiciliaire Le Bergerac III ont été plus chanceux, eux qui ont fait l'objet d'une trentaine de lettres, les avisant qu'un amendement au zonage, visant à permettre la construction d'habitation de quatre logements, serait débattu en assemblée publique.
«C'est la même procédure qui s'applique dans tous les cas de zonage, explique le porte-parole de la Ville. Seuls les résidants de la zone immédiate, touchée directement par un projet de règlement, se voient personnellement avisés».
Zone agricole permanente
Marc-Antoine Abran, de la rue des Tisserands, dénonçait pour sa part une politique de deux poids deux mesures:«Pourquoi eux peuvent faire dézoner et pas moi?»
Il rappelait à cet effet que son oncle s'est vu refuser le droit de construire un bungalow sur sa terre, sous prétexte qu'il était en zone agricole.
Incidemment, le projet d'agrandissement de la carrière soumis à la consultation publique prévoit empiéter sur la zone agricole permanente, ce qui ajoute à la grogne des cultivateurs.
«J'espère que la CPTQA [Commission de la protection du territoire agricole du Québec] ne la dézonera pas; en tout cas, je vais travailler fort pour ça», a indiqué Roger Paquette, un ex-officier du Syndicat de base des producteurs agricoles de l'UPA-Laval. Quant à l'argument avancé par André Boileau selon lequel le projet sur la table favorise la consolidation de la zone agricole, «y a pas un agriculteur qui va vous croire», lui a envoyé M. Paquette, signifiant au passage que les terres à sacrifier sont en culture.
Cultivateur de l'avenue des Perrons, Normand Legault a renchéri en disant qu'il était «très étonné» qu'un tel projet puisse être proposé par les élus, un mois après que la Ville ait célébré le 20e anniversaire du Protocole d'entente qui avait pour effet de créer la zone agricole permanente et d'en assurer l'intégrité.
Plus cynique encore, Edouard Dagenais, du boulevard St-Elzéar, a parlé «d'une soirée de diversion» plutôt que de consultation publique. Il a tourné en dérision le Comité consultatif agricole [le CCA est inopérant depuis le 23 avril] qui a donné son appui au projet, la conseillère municipale de Val-des-Arbres Madeleine Sollazzo pour son implication dans le dossier et l'exploitant de la carrière Simard-Beaudry pour sa grande transparence envers les citoyens.
«Quels sont les intérêts économiques de la Ville pour tant souhaiter l'agrandissement de la carrière?» a questionné M. Dagenais, après avoir épilogué sur les nombreux inconvénients dans une envolée oratoire. «À quand la fermeture de la carrière», a plutôt demandé Philippe Gariépy vers la fin de l'assemblée.
(Photo: Maya)
Fichier: JeanPaul Viau