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«Comment aurais-je pu prévenir le coup?»

La mère de Kimveer Gill aurait aimé savoir que son fils était dépressif

par Hugo Morissette
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Article mis en ligne le 14 septembre 2008 à 5:46
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«Comment aurais-je pu prévenir le coup?»
Kimveer Gill souffrait d'une grave dépression. (Photo: Archives)
«Comment aurais-je pu prévenir le coup?»
La mère de Kimveer Gill aurait aimé savoir que son fils était dépressif
Déjà deux ans que le Lavallois Kimveer Gill a ouvert le feu sur des étudiants du Collège Dawson et, encore aujourd'hui, sa mère s'explique mal qu'elle n'ait jamais été mise au courant de l'état de santé de son fils.
Depuis le 13 septembre 2006, la vie est extrêmement dure pour Parvinder Gill, la mère du défunt Kimveer Gill, et pour le reste de sa famille. Non seulement son fils s'est-il enlevé la vie, mais elle doit en plus affronter le jugement quotidien de plusieurs personnes, qui lui mettent encore sur le dos son geste fou.

En entrevue pendant 40 minutes avec le Courrier Laval, jeudi, Mme Gill affirmait entrevoir avec beaucoup d'appréhension le deuxième anniversaire de la fusillade de Dawson, qui approchait à grand pas.

«L'an passé, c'était la même chose. Les images passent et repassent dans ma tête. Et quand j'arrête de les voir, c'est mon fils que j'aperçois. Je ne peux m'empêcher de me sentir coupable, à tous les jours. Pourquoi n'ai-je pas pu lui venir en aide? Surtout, pourquoi je ne savais pas qu'il était dépressif?»
Père malade
En 2004, Kimveer et ses frères ont vécu un moment très difficile quand leur père a failli perdre la vie à cause de troubles cardiaques.
Aux dires de sa mère, Kimveer était très proche de son père, et il a trouvé très ardu de traverser cette épreuve au cours de laquelle son père a dû être opéré à cœur ouvert. Et alors qu'il était au chevet de son père, Kimveer a reçu un appel de son patron, lui annonçant qu'il était renvoyé en raison de son absence.

Quelques semaines plus tard, un médecin d'un CLSC de Laval a dû prescrire à Kimveer Gill, sans que ses parents ne le sachent, un fort antidépresseur, puisqu'il sentait que sa santé mentale commençait à être menacée.

Encore aujourd'hui, Parvinder Gill se questionne à l'effet que personne ne l'ait informée, à l'époque, que son fils souffrait d'une grave dépression.

«Je voyais qu'il était plus triste, mais il me rassurait toujours en me disant que tout allait très bien. Je crois aujourd'hui que lui-même n'était pas conscient de ce qui lui arrivait. Il continuait à m'aider sur le terrain et dans les tâches ménagères. Nous avions une très bonne relation.»
Transformation
Les mois ont passé et Kimveer Gill semblait reprendre des forces. Sa mère affirme même avoir cessé, un moment, de s'inquiéter pour sa santé.
Mais dès le début de l'année 2006, le jeune homme a commencé à se transformer tranquillement, jusqu'à devenir une toute autre personne.

«Dès la fête de Noël, on a commencé à le sentir différent. Habituellement, il était le premier à mettre de la pression pour qu'on installe l'arbre de Noël et les lumières. Cette fois, il était plus indifférent. Il a tout de même fêté avec nous, mais il était seulement plus tranquille.»

Quelques semaines plus tôt, Mme Gill avait même tenté de contacter le médecin de son fils pour comprendre ce qui se passait, mais sa secrétaire lui a répondu que toute information concernant les patients était confidentielle.

C'est à partir du mois de mai 2006 que Parvinder Gill a commencé à voir son fils moins souvent. Il passait le plus clair de son temps dans sa chambre à coucher, devant son ordinateur. Il ne faisait plus attention à son alimentation.

«Ne t'en fais pas. Je mangerai quand j'aurai faim. Je joue à des jeux vidéo dans ma chambre», répondait-il à sa mère lorsqu'elle le questionnait.

Au cours de l'été, son cas s'est toutefois détérioré. Il a même confié à sa mère qu'il n'aimait plus rien et qu'il ignorait pourquoi, mais que tout irait probablement mieux dans quelques temps.

«J'ignorais les signes de la dépression, explique-t-elle. Si j'avais su ce que c'était, j'aurais pu l'aider. Mais comment aurais-je pu le savoir? Je ne comprends toujours pas que le médecin ne m'ait jamais avertie.»
Dawson
Le jour du drame, Mme Gill avait quitté rapidement son domicile pour aller à son travail, à Kirkland.
Au cours de la journée, lorsqu'elle a entendu qu'un tireur venait d'ouvrir le feu sur des étudiants de Dawson, elle a pris soin d'aller voir tous ses collègues qui avaient des enfants qui étudiaient là-bas, et de leur fournir le numéro d'urgence.

Même une fois de retour à la maison, en constatant que Kimveer était absent, elle ne s'est pas inquiétée. Elle pensait qu'il était parti à son club de tir.

«Vers 20h, j'ai commencé à me dire qu'il avait peut-être eu un accident. Mais peu après 21h, j'ai appris la nouvelle par téléphone. Je ne le croyais pas.»
Plus lui-même
Lorsqu'il était au secondaire, Kimveer Gill souhaitait devenir avocat.
«Il voulait s'assurer que seuls les gens méchants allaient en prison, explique sa mère. Et quand il est entré dans l'armée, il disait que c'était pour protéger les gens. Quand je vois ce qu'il a fait à Dawson, je comprends qu'il n'était plus lui-même, et que sa dépression était très grave.»

Parvinder Gill vit toujours très mal avec les événements du 13 septembre 2006.

«Je ne dors que très rarement et, quand je réussis, c'est durant de très courtes périodes. La maison est remplie de tristesse. La chambre de Kimveer est toujours intacte, et je n'ai pas envie de déménager, car les souvenirs de son enfance son encore présents.»

«Je suis très désolée que ce qui est arrivé soit la faute de mon fils. Si j'avais pu prévenir le coup, je l'aurais fait. Je prie tous les jours pour la famille d'Anastasia. Je suis aussi très reconnaissante pour tous les gens qui sont venus déposer des cartes et des chandelles devant chez moi.»

Aux dernières nouvelles, la famille d'Anastasia De Sousa n'avait toujours pas accepté de rencontrer Mme Gill.

PHOTO DIGITALE kimveer.jpg

(Photo: Archives)

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Patrice Machabée, Directeur général de l'ALPABEM

Commentaire mis en ligne le 16 septembre 2008
L'ALPABEM, (association lavalloise de parents et amis pour le bien-être mental)est une association offrant du soutien aux proches de personne présentant des manifestations cliniques relié à un trouble majeur de Santé mentale.

Mme Gill à raison lorsqu'elle parle des problèmes reliés à la confidentialité des personnes malades et du malaise relié a cette pratique. Une grande partie de nos membres trouvent absurde cette pratique surtout lorsque la personne atteinte (ou présentant des manifestations cliniques) reste sous le même toit que la famille. Il serait si simple d’intégrer dans les pratiques d’aviser la famille (ou l’accompagnateur) du diagnostic d’un proche et ainsi faire de la famille un allié dans le processus de guérison.

Mais non, si un adulte reçoit un diagnostic de maladie mentale, rapidement il est informé de son choix d’en parler ou pas. Est-ce que ce choix est proposé lorsqu’une personne reçoit un diagnostic de cancer ? Probablement pas, car les équipes traitantes savent et sont convaincues qu’un long processus s’entame et que « L’individu malade » aura besoin de sa famille et de ses amis pour passer au travers de cette dure épreuve.
Pourquoi en est-il de même lorsqu’on parle de maladie mentale ? Probablement parce que la maladie mentale est encore très tabou dans notre société d’aujourd’hui et cela même si la majorité des spécialistes s’entendent pour dire qu’une personne sur cinq (20%) s’offrira un jour ou l’autre de maladie mentale. (+- 76 000 Lavallois)

Quoi faire alors ? Chaque fois que nous parlons de ces événements tragiques, j’ai une pensé pour la famille de Mme Gill. J’aurais aimé qu’un intervenant, une personne ou un ami de la famille connaisse ou parle de notre association à cette famille et lui remette notre dépliant ou notre numéro de téléphone. Car selon moi ce geste aurait pu être évité. Nous aidons plus de 2000 familles chaque année à Laval, et cela, gratuitement. Nous aurions pu accompagné cette famille et nous le pouvons encore aujourd’hui ci tel est le besoin de cette famille.

Est-ce que vous êtes prêts à lui remettre notre dépliant à elle et au millier d’autre famille qui pourrait se retrouver dans cette situation ?

« Trébucher peut prévenir une chute. » Thomas Fuller

Michel Trahan

Commentaire mis en ligne le 15 septembre 2008
Peut-être que madame Gill devrait ce demander pourquoi le gouvernement ne mais pas plus d’effort à prévenir une autre tragédie. Pourquoi le gouvernement n’investi pas dans des programmes qui pourraient avoir un impact positif dans la vie d’une personne troublé.

La duplication de loi déjà existante, imposer aux tireurs sportifs ne pourra pas empêcher une autre fusillade, pas plus que le registre des armes à feu créer suite à la tragédie de la polytechnique n’a été capable de prévenir celle de Dawson.

Plus de paperasse ne peut pas sauver des vies, mais plus de temps et d’argent disponible pour les travailleurs sociaux oui. Plus de temps et d’argent pour prévenir le suicide, plus de temps et d’argents pour aider les gens avec des problèmes d’alcool et ou de drogue pourrait aussi avoir un impact positif dans la vie de quelqu’un...

La violence et l’agression ne sont pas des problèmes d’objet, ce sont des problèmes de comportement…. Ignorer la source du problème de la fera pas disparaître.

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