Lisa Ferland, résidente d'Auteuil, a subi plusieurs retards de plus de deux heures récemment. «C'est pas la politesse et le respect, le problème. C'est qu'ils en prennent trop en même temps.»
(Photo: Martin Alarie)
PHOTO: porte
La guerre du transport adapté
Le 23 octobre prochain, un second joueur potentiel sur le marché du transport adapté, actuellement monopolisé par CO-OP Taxi Laval, se présentera devant la Commission des Transports, avec l'appui de l'Association lavalloise des usagers du transport adapté (ALTA). CO-OP Taxi Laval s'y opposera. C'est la guerre.
En février dernier, l'ALTA mettait sur pied un comité de crise du taxi. «Le problème persiste», estime le directeur de l'organisme, Éric Fortin, qui tient registre, depuis plusieurs années, des plaintes de ses membres, notamment au sujet des retards qui dépassent parfois plusieurs heures. C'est ce que révèle une récente enquête maison menée par l'organisme (voir autre texte en page A-5).
Taxi Terra
En avril, l'ALTA a pris contact avec un fournisseur de service, au sujet duquel le directeur de l'organisme est resté avare de détails. Sur le site de la Commission des transports du Québec, on apprend qu'il s'agit de l'entreprise Taxi Terra, enregistrée au Registraire des entreprises du Québec.
L'adresse de l'entreprise, située sur le boulevard Saint-Martin Ouest à Laval, est en fait celle des Services financiers Lami Inc., une firme de placements, de services financiers et d'assurance de personne. Il a été impossible de parler à un des administrateurs.
Saine concurrence
«L'ALTA prépare un mémoire sur la qualité de service que nous offre présentement CO-OP Taxi Laval, afin de justifier l'importance d'une saine concurrence», expose Éric Fortin, dans le journal interne de l'organisme.
Qui plus est, estime M. Fortin, le lien de confiance entre certains clients et le fournisseur de service est brisé. «Bien que la STL offre un service de plainte pour faire part des retards, nous avons remarqué, au cours de notre enquête, qu'une partie de ceux–ci n'osent plus porter plainte à la STL, car ils n'ont pas l'impression que leurs plaintes arrivent à changer quoi que ce soit à la situation.»
M. Fortin va plus loin encore: la compagnie de taxi actuelle, qui fournit 56 % des déplacements du service de transport adapté de la Société de transport de Laval, n'arrive pas non plus à offrir un service adéquat à la clientèle régulière. Le quota fixé par règlement depuis 35 ans à 213 permis ne suffit plus, croit-il.
Besoin
Dans le processus d'obtention d'un permis d'intermédiaire en service de transport par taxi ― le permis convoité par Taxi Terra ― le critère le plus important est l'existence d'un besoin sur le territoire visé. «On ne peut pas dépasser le nombre de permis réguliers sans faire une demande au ministère des Transports», explique Richard Anger, responsable des communications à la Commission des transports.
«Par contre, s'il y a un besoin particulier, en transport adapté, par exemple, la loi prévoit une augmentation possible du quota.» Dans ce cas, il faut procéder à une demande de permis individuel restreint.
Entre l'arbre et l'écorce
Pour la STL, qui ne sera pas présente à l'audience d'octobre, la situation est délicate. «On sait qu'il y a une insatisfaction au sujet de la prestation de service de CO-OP Taxi, admet Marie-Céline Bourgault, porte-parole de la Société. Les plaintes qu'on a concernent la ponctualité et concernent presque exclusivement le taxi. Avec Chartrand [qui offre le service de transport adapté en minibus], ça va bien.» Des plaintes pour des retards d'une heure ont déjà été enregistrées par la STL, confirme Mme Bourgault.
Impossible!
Invité à réagir à l'enquête de l'ALTA, qui révèle des retards pouvant aller jusqu'à plusieurs heures, le directeur de CO-OP Taxi Laval, André Desjardins, a d'abord été incrédule. «Je tombe en bas de ma chaise; c'est impensable, a-t-il laissé tombé. Notre système n'est pas infaillible, mais…»
Même réaction du côté du vice-président de la CO-OP et responsable du dossier du transport adapté, Georges Tannous, qui énumère les circonstances hors du contrôle de la coopérative qui sont susceptibles de causer de tels retards: un usager qui n'est pas au rendez-vous à l'arrivée du taxi, le transfert impromptu d'un client de minibus vers le taxi ou une réservation omise par la STL, par exemple.
En entrevue, vendredi, M. Tannous était visiblement ébranlé et déçu. L'enquête de l'ALTA et son appui à l'arrivée d'un nouveau joueur sur le territoire lavallois arrive à un bien mauvais moment.
«Le 13 octobre, c'est l'implantation du système de répartition automatique [avec GPS]. C'est une première au Québec.» Le problème de la CO-OP n'est pas la disponibilité de véhicules, dit M. Tannous, mais bien la répartition. L'investissement de 400 000 $ réglerait le problème à 90 %, estime-t-il.
Avec le nouveau système, les erreurs d'adresse, le choix d'un chemin non optimal, le manque d'information sur les clients, le mode de paiement et le suivi des plaintes seront chose du passé, assure le vice-président.
L'installation des ordinateurs devrait être complétée d'ici quelques semaines. «Avant Noël, nous allons être capables de faire la répartition avec le nouveau système.»