Les milieux humides du bois de la Source figurent parmi les zones menacées citées par les cosignataires d'une lettre à la ministre de l'Environnement.
Les défenseurs des milieux humides se multiplient
Trente-six groupes demandent un moratoire
La Fondation David Suzuki, Greenpeace, Nature Québec et plus d'une trentaine d'autres organismes, dont le Conseil régional de l'environnement de Laval, demandent à Québec de mettre un frein à la construction dans les milieux humides de la région métropolitaine.
Dans une déclaration commune, ces groupes demandent à la ministre de l'Environnement, Line Beauchamp, un moratoire sur tous les projets de construction dans les milieux humides du territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), pour leur assurer une protection à court terme, jusqu'à ce qu'un inventaire et une caractérisation de ces écosystèmes soit réalisée et qu'une réglementation provinciale soit adoptée.
Pertes à Laval
Dans son édition du 8 juin 2008, le Courrier Laval faisait état de la disparition ou de l'altération de 29% des milieux humides lavallois en zone urbaine, entre 2004 et 2007. Ce chiffre était dévoilé par le CRE de Laval, qui effectue un suivi sur le terrain depuis plusieurs années.
L'organisme lavallois, tout comme ses cosignataires de la déclaration adressée à la ministre Beauchamp, pointe du doigt les directives récentes adoptées par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), qui facilitent le processus d'autorisation de travaux en milieu humide pour les promoteurs.
Effective depuis janvier 2007, la nouvelle grille d'analyse des demandes simplifie les choses pour les petits milieux de moins de 0,5 ha. Or, en milieu urbain, les grandes zones humides sont rares. Sur le territoire de Laval, les milieux de moins de 0,5 ha représentaient 61% de l'inventaire effectué par la firme Municonsult, à la demande de Ville de Laval, il y a quatre ans.
Zéro refus
Selon des chiffres compilés par le CRE de Laval, aucun certificat d'autorisation n'a été refusé de novembre 2004 à avril 2008, à Laval. Des 41 projets soumis à l'examen du Ministère, 20 ont été acceptés, deux ont été abandonnés en cours de route et 19 étaient toujours en traitement en avril.
Des chiffres dévoilés dans le quotidien La Presse jeudi établissent que la délivrance de permis s'accélère depuis l'adoption de la nouvelle procédure d'autorisation. Depuis janvier 2007, Québec aurait délivré la totalité des 81 demandes à Laval, Montréal et en Montérégie.
Moratoire pas envisageable
Réagissant à la demande de moratoire exprimée une première fois par trois organismes -- dont le CRE de Laval -- ce printemps, Patrick Beauchesne, à la tête de la Direction du patrimoine écologique et des parcs du MDDEP, ne laissait pas de place à l'espoir, lors d'une entrevue accordée à la fin juin.
Le fait qu'on soit en territoire privé, dans la région métropolitaine, ne facilite pas les choses, et le Ministère se doit de respecter les compétences des municipalités et des MRC, plaide-t-il. Il ajoute cependant que de nouveaux outils renforcent le processus d'évaluation des demandes, au Ministère. «Lorsque le gouvernement décide d'établir un moratoire, c'est vraiment parce qu'on sent qu'il y a un enjeu majeur. C'est un outil de dernier recours.»
Pour les 36 groupes qui ont sonné l'alarme, cette semaine, l'enjeu est majeur. Les milieux humides ne représentent que 0,6% du territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal, disent-ils. Il est impératif de voir à leur protection, étant donné leur rôle important pour la faune, la filtration de l'eau, la régularisation des crues et leur potentiel récréatif et écotouristique, qu'ils évaluent à plusieurs millions de dollars.
Quant aux nouveaux outils mis en place par le Ministère, notamment le Guide d'élaboration d'un plan de conservation des milieux humides, «c'est de la foutaise», lance le directeur du CRE de Laval, Guy Garand. «On invente des nouvelles expressions: "écologie du paysage", "design de conservation". Ça se dit bien dans un salon, comme "développement durable". Mais au Québec, ça passe par l'asphalte et le béton. Les vrais enjeux, c'est l'écologie, les écosystèmes et le maintien de la biodiversité.»
«En temps et lieux»
Cent quatre milieux humides ont été détruits ou altérés à Laval, au cours des quatre dernières années. Invitée à commenter, Ville de Laval se limite à dire qu'elle publiera un bilan «en temps et lieux». Elle lèverait du même coup le voile sur un système de compensation dont elle n'a pas expliqué le fonctionnement, à ce jour.