Pas pour les résidus de table, disent les verts
Quoique développée à priori pour traiter les boues municipales, le procédé mis au point par Fabgroups pourrait éventuellement traiter tous les types de déchets d'origine biologique, comme les déchets de table. C'est précisément ce que craignent beaucoup de défenseurs de l'environnement.
Les boues organiques des usines d'assainissement des eaux usées, des usines de pâtes et papiers, de l'industrie agroalimentaire et des exploitations agricoles peuvent servir de combustible pour une usine comme celle construite récemment à Salaberry-de-Valleyfield.
Paul Herrbach, président du conseil de Fabgroups, propriétaire de l'usine, ajoute à cette liste les matières ligneuses (résidus du bois de coupe, par exemple) et toutes les matières résiduelles d'origine organique. Les résidus de table pourraient aussi faire l'affaire, affirme M. Herrbach.
Or, le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement (RNCREQ) préconise la collecte à trois voies pour ce type de résidus et sa transformation en compost, utile en agriculture.
La «solution finale complète» de l'oxydation humide assistée par plasma (OHAP), mise au point par Fabgroups, réduit quant à elle les intrants à des cendres stériles. Par ailleurs, selon des chiffres fournis par l'entreprise, l'OHAP est la méthode qui produit le moins de gaz à effet de serre, suivi de près par le compostage.
«La "scrap" des biosolides, ils peuvent bien la mettre là-dedans. Mais les matières ligneuses et les déchets de table, c'est le cycle de vie de la matière qui revient à la terre», illustre le directeur du Conseil régional de l'environnement de Laval, Guy Garand, qui a participé à la rédaction du mémoire publié par le RNCREQ, lors de la consultation publique provinciale sur la gestion des matières résiduelles, l'hiver dernier. «Tout ce qui peut se composter, ça ne doit pas aller là-dedans.»
Martine Ouellet, chef Efficacité énergétique à la direction Grandes entreprises d'Hydro-Québec, qui a développé la technologie commercialisée par Fabgroups, estime qu'il s'agit-là d'un faux débat. «Les marchés visés, ce n'est pas ça, dit elle en faisant référence aux résidus de table. Je pense que c'est deux choses séparées.»
La technologie OHAP a été mise au point pour le traitement des boues à haute teneur en contaminants, rappelle-t-elle, en ajoutant que l'épandage de boues dans les champs cultivés est loin de faire l'unanimité. La nouvelle technologie «contribue à résoudre des problèmes environnementaux de disposition des boues et à réduire les émissions de gaz à effet de serre». (N.V.)