Le ruisseau la Pinière, boulevard Notre-Dame-de-Fatima: de l'eau brouillée et malodorante.
(Photo: Martin Alarie)
Soixante maisons de Chomedey tirent la chasse dans la nature
Vingt-quatre heures après l'inauguration du Centre d'interprétation de l'eau à Sainte-Rose, un reportage diffusé à la télévision de Radio-Canada dévoilait mardi que le contenu des cabinets de 60 maisons de Laval se retrouve dans le ruisseau la Pinière, qui se déverse à son tour dans la rivière des Prairies, à Saint-Vincent-de-Paul.
À la tête du ruisseau, en face du Centre sportif Bois-de-Boulogne, le débit est faible et l'eau est claire et inodore. Deux kilomètres en aval, le même ruisseau, qui passe sous le boulevard Notre-Dame-de-Fatima, charrie de l'eau brouillée et fortement malodorante. Une odeur d'égout.
Le problème provient du secteur résidentiel Place Renaud, plus au nord, justement situé entre l'avenue de Bois-de-Boulogne et le boulevard Notre-Dame-de-Fatima, confirme Ville de Laval.
Dans le pluvial
Dans la zone problématique, les canalisations combinées (dans lesquelles se déversent à la fois les eaux de pluie et les rejets sanitaires) sont raccordées à l'égout pluvial, qui n'est sensé recueillir que les eaux de ruissellement, explique Gilles Benoît, chef de division au Service de l'environnement de la Ville.
En conséquence, l'eau qui devrait aboutir à l'usine de traitement des eaux usées, à Duvernay, est expédiée dans la nature. «Tant qu'à investir 400 M$ dans des infrastructures comme le pont [de la 25], pourquoi ne pas investir dans les infrastructures [d'assainissement de l'eau], avant que le problème n'explose? demande le directeur du Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval, Guy Garand. Si le maire veut que sa ville devienne la capitale canadienne de l'environnement, on a du chemin à faire.»
«La charge [de rejet sanitaire] de ces 60 maisons représente environ 0,1 % du débit traité à la grandeur de l'île», tempère M. Benoît. Alors que Radio-Canada évalue que 40 litres par seconde (l'équivalent d'une piscine olympique par jour) d'eau contaminée se déversent chaque seconde dans le ruisseau, le fonctionnaire calcule plutôt des rejets de l'ordre de 5 litres par seconde.
Trop coûteux
Le problème est connu de la Ville depuis la première phase d'assainissement des eaux, entreprise par le gouvernement québécois, dans les années 1980. En fait, ce qui est considéré aujourd'hui comme un problème était la façon de faire, à l'époque.
Le secteur sud-est de Laval, dans lequel est inclus Place Renaud, est le dernier à voir ses eaux d'égouts assainies. L'usine a été mise en service en 1998, au coût de 110 M$. Elle a atteint sa pleine efficacité en 2004.
La configuration particulière du réseau souterrain, à proximité de la soixantaine de maisons en question, a cependant retardé le branchement à l'usine de ce petit secteur. Les travaux à effectuer, jugés trop coûteux, ont été reportés à une seconde phase d'assainissement, explique Gilles Benoît. Aujourd'hui, en 2008, le problème reste entier.
Aide financière
Jusqu'en 2004, la Ville dit avoir espéré voir l'argent venir, du côté du ministère des Affaires municipales et des Régions (MAMR). En 2005, le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) signifiait à Laval qu'elle devra procéder aux travaux, mais sans compter sur l'aide financière gouvernementale, toujours selon la version émanant de l'Hôtel de Ville.
Un plan de mise à niveau sera finalement déposé incessamment au MAMR, et une enveloppe de près de 1 M$ est prévue pour la réalisation des travaux, en 2009 et 2010. La municipalité omet de dire qu'un premier plan correctif de 189 000 $ a été soumis à ce ministère en 2006, puis refusé, témoigne le responsable des communications du MAMR, Daniel Guertin.
«C'était une proposition jugée inacceptable, qui consistait seulement à mettre un régulateur de débit», dit M. Guertin, dont le ministère envoie des avis de non-conformité depuis 2004. La nouvelle proposition, qui consiste à moderniser le réseau souterrain dans le secteur visé, semble valable, dit-il.
De l'argent frais, en provenance du fédéral, via le Fonds chantier Canada, pourrait être offert à la Ville, pour éponger les coûts. D'autres sources de financement gouvernemental sont également disponibles, assure M. Guertin.
Les résidents qui ont des doutes sur la destination de leurs rejets sanitaires sont encouragés à communiquer avec Ville de Laval (311) et avec le CRE de Laval, au 450 664-3503.