La Grande-Duchesse, Sonia Sasseville, qui a adapté l'opérette pour les années 2000, et le PDG Boum, Clermont Tremblay.
(Photo: Martin Alarie)
Sonia Sasseville chante La Grande-Duchesse
La cantatrice Sonia Sasseville a tâté du clavier pour redonner une jeunesse à La Grande-Duchesse de Gérolstein, l'une des dernières grandes opérettes d'Offenbach. Le prochain rendez-vous de l'Opéra bouffe du Québec (OBQ).
D'ailleurs, Sonia Sasseville a simplement intitulé son adaptation La Grande-Duchesse. Elle transporte l'univers militaire d'il y a 300 ans dans le monde des affaires de l'année 2020.
«Tous connaissent le poids, l’autorité de la parole du supérieur. Plusieurs aspirent à en posséder ne serait-ce qu’une infime partie. Devenir adjoint, trouver sa place parmi les dirigeants et dominer le plus petit: voilà de quoi est fait ce monde! Les luttes sont féroces pour gravir les échelons et on ne répugne pas à tasser les concurrents. Mais selon le bon plaisir du patron, la dégringolade est aussi possible, parfois même inévitable», raconte celle qui a souvent incarné la Grande-Duchesse sur scène.
Grande rencontre
Mme Sasseville a travaillé deux ans sur son adaptation. «Ma chance, c'est que la Grande -Duchesse est une hystérique. On était capable de jouer cette folie-là pour transposer le langage militaire de l'oeuvre originale à notre multinationale Recyclons Tout Inc.. Et il y a eu la rencontre de Simon. Il n'y a que lui et l'OBQ d'assez fous pour embarquer dans un tel projet.»
Simon Fournier, directeur musical et artistique de l'Opéra bouffe du Québec: «La démarche de Sonia va dans le sens de l'OBQ. On dépoussière l'opérette dans le respect de l'auteur et du compositeur.»
Ascension rapide
L'héritière d'un grand-duché fictif d'Allemagne devient l'héritière d'une grande entreprise. Cette Paris Hilton déjantée s'entiche de Fritz, un jeune commis. Elle lui fait grimper les échelons jusqu'à l'ultime poste de direction, au grand dam des puissants déjà en place. Les jalousies se transforment en complot, notamment chez le Prince Paul et le Général Boom. Mais les desseins de l'héritière sont aussi contrecarrés par l'inclination de Fritz pour sa copine Wanda. Voilà une bonne idée de la métamorphose proposée par l'équipe de l'OBQ.
«Nous n'avons fixé aucune limite du fait de chanter. Le jeu est nerveux, très commedia dell'arte. Un ton humoristique sur plusieurs niveaux et réaliste dans les jeux de séduction, les frustrations amoureuses», observe François Racine, metteur en scène.
Le look est moderne, même futuriste. On se croirait dans l'une de ces nouvelles agences publicitaires du Vieux-Montréal.
Rythme et rire
«Offenbach a composé l'opérette dans la France conservatrice de 1867, pour l'exposition universelle de Paris. Le compositeur y poursuit son invention: le rire dans la musique», relate le Clermont Tremblay, qui apprécie travailler les «fissures d'un être torturé et méchant comme le Général Boum».
Pour sa part, Simon Gfeller (Prince Paul) aime le défi vocal de La Grande Duchesse, une œuvre très vivante et colorée sur le plan de la rythmique. «L'opérette laisse beaucoup de place pour développer nos capacités de comédien et d'artiste lyrique», note-t-il.
La distribution compte également Mylène Bourbeau, Michel Schrey, Isabeau Proulx-Lemire et Éric Thériault. Soulignons finalement la fidélité et l'apport des membres du Chœur de l'Opéra bouffe du Québec, dont les supporters remplissent les salles année après année.
Parions que les représentations seront ponctuées d'une forte émotion. L'OBQ a perdu son président, Benoît Giroux, en 2008. On a offert la présidence d'honneur à Bruno Laplante.
L'Opéra bouffe du Québec présente «La Grande-Duchesse» du 28 novembre au 5 décembre à la Maison des arts de Laval (1395, boulevard de la Concorde Ouest). Information: 450 667-2040 ou 450 681-0592 ou
www.operabouffe.org.