René Vézina, fin analyste de la scène économique.
(Photo: Martin Alarie)
2009 annonce une année de récession et de perte d'emplois
«Les grandes agglomérations vont s'en tirer beaucoup mieux que les régions» - René Vézina
«Qui dit récession, dit pertes d'emploi, c'est la conséquence inévitable», mentionne René Vézina, et le Québec n'y échappera pas.
En entrevue au Courrier Laval, le journaliste spécialisé en économie concède toutefois que la récession sera moins marquée qu'ailleurs et que «les grandes agglomérations s'en tireront mieux que les régions, qui dépendent des matières premières». De fait, en période de crise économique, la demande mondiale pour ces ressources extraites de la nature est au plus bas et les industries de production et de transformation roulent au ralenti. «Si les secteurs primaire et secondaire sont frappés de plein fouet, le secteur des services [tertiaire] l'est beaucoup moins», poursuit le chroniqueur et blogueur au journal Les Affaires, qu'on peut également entendre tous les matins et après-midis de la semaine sur les ondes du 98,5 FM.
Au Canada, les plus récentes projections estiment à 200 000 le nombre d'emplois qui seraient supprimés en 2009. Au prorata, c'est l'équivalent de 50 000 postes au Québec, soit assez pour faire grimper le taux de chômage d'un point à un point et demi de pourcentage, fait-il observer. «Desjardins parle d'une légère récession au Québec», ajoute M. Vézina
Question de confiance
Malgré des signes évidents de ralentissement au dernier trimestre, l'économie québécoise a fait preuve jusqu'ici de beaucoup de résilience dans la tourmente financière. «C'est l'état des finances publiques et les normes rigoureuses régissant les prêts hypothécaires qui nous ont permis de résister», explique-t-il.
Au sud de la frontière, il se perd plus de maisons en une journée qu'il s'en est perdu en 2008 au Québec. «Même qu'au Québec, il s'agit de remises volontaires, alors qu'on parle de 3000 saisies par jour aux États-Unis. Là-bas, une maison sur cinq vaut moins cher que l'hypothèque», indique René Vézina, signalant au passage que la valeur des résidences au Québec et dans le Grand Montréal fut à la hausse l'année dernière. «Pour 2009, on prévoit un recul de moins de 2 % au Québec et de 3 % au Canada. Ce n'est pas l'effondrement comme on voit dans des marchés en Californie et en Floride avec des pertes de 25 % des valeurs.»
Pour lui, les pertes massives d'emplois (2,5 millions en 2008) et la dégradation accélérée du patrimoine personnel (notamment l'effondrement du marché immobilier), deux éléments majeurs minant la confiance des consommateurs, expliquent la crise de la consommation qui sévit au pays de l'Oncle Sam. Une crise d'autant majeure que les dépenses à la consommation constituent 70 % de l'économie américaine, ajoutant au poids de la récession.
Encore là, on n'en est pas là, soutient le chroniqueur, selon qui l'achat des biens essentiels ne ralentira pas au Québec.
Le nerf de la guerre
Parmi les mesures gouvernementales souhaitables pour contrer les effets de la crise, les investissements massifs dans les travaux d'infrastructures contribuent «à créer de la valeur ici» en mettant les gens au travail.
Idem pour les crédits fiscaux à la rénovation domiciliaire, qui favorise l'économie locale. Quant aux baisses d'impôts, elles ne sont «utiles que si elles profitent aux ménages à faible revenu, qui réinjecteraient l'argent dans l'économie en allant à l'essentiel», laisse toujours entendre René Vézina.
Enfin, bien au-delà des actions que poseront nos dirigeants à Québec et à Ottawa, c'est à Washington que le tout devrait se jouer. «On risque de se faire ramasser à retardement par la deuxième ou troisième vague si Barack Obama n'arrive pas à sortir les États-Unis de la crise», termine le fin analyste. Il rappelle que la récession américaine est à la source de la crise mondiale, qui a notamment fait chuter le prix du pétrole, du bois, du cuivre et de l'aluminium, desquels dépend directement l'économie canadienne. «Si ça repart aux États-Unis, il y aura réactivation de l'économie et le prix des matières premières remonteront.»