Annoncé en grande pompe en avril 2004, le futur pavillon de l'Université de Montréal – qui voisinera avec la station de métro Montmorency - serait mis en chantier dès le printemps, assure le développeur, pour une livraison en janvier 2011.
(Photo: Martin Alarie)
L'Université de Montréal doit prendre son mal en patience
Cité du savoir: les banquiers se font tirer l'oreille
Nouveau chapitre dans la saga de la Cité du savoir, dont on ne finit plus de remettre à plus tard la mise en chantier.
Dix-huit mois après l'attribution du contrat au constructeur Pomerleau, voilà que l'institution financière attachée au dossier battrait en retraite. Desjardins aurait retiré ses billes, apprend-on d'une source digne de foi.
À la ville de Laval, le directeur général Richard Fleury se garde bien de commenter l'information. «On n'est pas partie prenante aux discussions», dit-il, avant d'ajouter que les négociations se poursuivaient toujours entre les partenaires public (Université de Montréal) et privé (Pomerleau) et les financiers.
Du côté de l'Université de Montréal, on se borne à dire qu'on est «à finaliser l'entente», sans en préciser davantage. Pas un mot sur le nouvel échéancier, qu'on reporte de session en session.
Rappelons qu'à pareille date l'an dernier, la vénérable maison d'enseignement gardait toujours le cap sur l'automne 2009, en vue de la grande rentrée dans le nouveau pavillon. À cette époque, ce sont les négociations, qui portaient essentiellement sur la durée du bail et le coût du loyer, qui retardaient la mise en chantier du projet. Cet obstacle est maintenant écarté depuis que les parties se sont entendues, l'automne dernier, sur les conditions de location.
Or, dans le meilleur des mondes, considérant qu'un tel chantier nécessite 18 mois de travaux, on peut espérer une inauguration pour la session de janvier 2011, et ce, en autant que la construction s'active dès le printemps prochain.
Le marché a bien changé
En entrevue au Courrier Laval, le président du Groupe Pomerleau, partenaire privé dans ce projet, reconnaît que la crise financière qui chamboule l'économie mondiale complique pas mal les choses depuis l'automne.
S'il nie notre information à l'effet que son prêteur se soit soudainement retiré du projet, Pierre Pomerleau concède toutefois que le montage financier impliquera «probablement deux banques».
«De ce temps-là, le financement des projets n'est pas impossible, mais très long et complexe. (…) C'est l'enfer!», lâche-t-il. La crise de liquidité a contraint les institutions financières à resserrer non seulement leurs conditions de crédit, mais également le volume de leurs prêts. «On a dû attendre le début d'année pour que les nouveaux budgets soient autorisés», indique l'homme d'affaires, précisant qu'il est à attacher les derniers fils d'un montage financier de 50 M$, qui donnera le feu vert à la construction.
À plusieurs reprises durant l'entretien, M. Pomerleau insiste pour dire combien le marché a changé. Avant que n'éclate la crise, explique-t-il, les banques finançaient des projets et refilaient les créances dans le papier commercial adossé à des actifs (PCAA) qu'on écoulait sur les marchés.
«Aujourd'hui, ce marché de produits dérivés est mort», rappelle Pierre Pomerleau, ce qui réduit dramatiquement la marge de manoeuvre et les disponibilités de crédit des institutions.
C'est sans doute ce à quoi fait référence le président de Laval Technopole, Pierre Desroches, un ex-banquier, lorsqu'il dit que «la capacité d'obtenir du financement sera le principal enjeu, le nerf de la guerre» en 2009.
Projet solide
Pour Pierre Pomerleau, qui en a vu bien d'autres, il n'y a pourtant, en temps normal, «pas plus facile à financer sur la terre» que ce pavillon universitaire qui, une fois érigé, abritera 15 000 mètres carrés sur six étages.
«Il y a six mois, tu claquais des doigts et tu avais 12 offres sur la table, image-t-il. Jamais pourrions-nous trouver un meilleur payeur».
Les banques ne sont pas à risque de défaut en présence d'une université, à plus forte raison quand celle-ci affiche une «santé financière exceptionnelle à tous points de vue», comme c'est le cas de l'Université de Montréal, insiste le président de Pomerleau, une entreprise de construction qui brasse un chiffre d'affaires de quelque 800 millions de dollars par année.
Mais malgré la frilosité qui habite les banquiers en cette période d'incertitude économique, Pierre Pomerleau réaffirme haut et fort que la réalisation du projet n'a jamais été en péril d'une quelconque façon et qu'aussitôt la fonte des neiges, le pavillon – annoncé en grande pompe au printemps 2004 - sera enfin mis en chantier sur le terrain avoisinant la station de métro Montmorency, pour une ouverture en janvier 2011.