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Visite de bienfaiteurs et petite escapade à Kigali

par Ghislain Caron
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Article mis en ligne le 18 février 2009 à 15:40
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Visite de bienfaiteurs et petite escapade à Kigali
(Photos: Jean-Yves Caron)
Visite de bienfaiteurs et petite escapade à Kigali
Je m’étais enfin convaincu de sortir de ma petite vie casanière de Gisenyi et de retourner à Kigali, la capitale. La semaine avait été plutôt bien remplie par la routine habituelle : formation pratique sur l’organigramme, définition des tâches, protocoles de gestion interne et actuels, cours d’anglais quotidiens, le tout agrémenté de la visite d’un des bailleurs de fonds de quelques projets de VJN, la Fondation des familles Bouchard de la région de Québec. À près de quatre-vingt ans, le patriarche de la famille, solide comme un roc, vient visiter, chaque année, le pays de ses bonnes œuvres. L’ancien entrepreneur retraité est accompagné d’un ami industriel, sympathique à la cause rwandaise (qui recherche encore désespérément sa valise égarée entre Montréal-Paris-Adis Abeba). Moins chanceux que moi, il quittera Kigali dix jours plus tard sans sa précieuse valise. Valise ou pas, ils visiteront les lieux, se paieront même un tour au Parc Akaghera, où ils seront chargés par une famille d’éléphants un peu farouche. Heureusement, la charge est affolante, mais sans conséquences.

La présence de ces bienfaiteurs nécessite évidemment un déploiement assez particulier : démontrer que les projets financés sont bel et bien réalisés et tel que prévus. D’où la visite des divers sites d’activités (par une pluie torrentielle) et les nouvelles demandes d’appui pour le développement desdits projets et autres en vue. Puis, on présente un spectacle de bienvenue où se font valoir danseurs, acrobates, malentendants, karatekas, orchestre, chanteurs, troupe de théâtre, élèves parrainés et alphabétisés de façon toujours impressionnante, le tout parsemé de discours d’usage.

En même temps, on s’ingénie à ne pas trop perturber les activités quotidiennes de VJN. Justement, demain lundi, on attend la visite des cinéastes allemands envoyés par Misereor (un des grands bailleurs de fonds allemands) pour tourner un film sur le projet. Journée un peu perturbée en perspective. D’autant que le Président du pays et ses quelque 200 ministres et hauts fonctionnaires sont de passage à Gisenyi, toute la semaine, pour leur retraiter gouvernementale annuelle, en vue d'analyser la situation et planifier les politiques de l'année. Cette visite monopolise une certaine sécurité, mais ne nuit en rien à nos activités habituelles.
En route vers Kigali.
Donc, jeudi soir après les cours, je prends une mototaxi vers le terminus d’autobus pour réserver mon billet pour vendredi matin, 9h00, direction Kigali. Préparation rapide d’un sac à dos en soirée, gardant en mémoire que les bus de passagers n’ont pas d’espace pour les bagages. Je me retrouve vendredi matin, dans le bus de 8h30… Autobus relativement confortable, une brève escale à Ruhengeri, pays des gorilles. Une partie de la route est nouvelle, une soixantaine de kilomètres, l’autre centaine, cosi-cosa. On arrive à la capitale à midi juste, trois heures et demi plus tard, comme le garantit Virunga Ponctuel (le nom de la compagnie et sa marque de commerce).

Quels paysages! On parle toujours des Mille Collines, mais on oublie les centaines de vallées verdoyantes de plantations et de cultures diverses : thé, café, bananes, fruits et légumes de toutes espèces, qu’on plante de manière impressionnante, en terrasses jusqu’au haut de ces grandes collines, mini-copies conformes des grands volcans de la région qui s’élèvent à quelques milliers de mètres d’altitude.

Je retrouve le Kigali que j’avais à peine remarqué lors de mon arrivée, le 9 janvier, après les péripéties d’un voyage un peu déboussolant. En entrant au centre commercial, j’aperçois mon patron Gabriel en grande conversation avec la jeune femme représentant l’organisme d’accueil des cinéastes allemands. Je me joins à eux à sa demande pour préciser les modalités relatives à leur visite de lundi. Nous prenons une bouchée au Bourbon Café, puis lui rentre à Gisényi.

Je contacte une bonne amie à nous qui est de retour au Rwanda, pour une deuxième année, au service d’un organisme rwandais. On se donne rendez-vous après son travail, vers 16h30. Je fais un saut (en moto taxi) à la librairie Irikiresy pour me mettre à jour dans mes lectures; ils sont toujours à la page dans les bouquins et les média du jour. Puis, je reviens au City Center pour le rendez-vous. Je suis un peu en avance : je bouquine dans le nouveau centre d’achat et ne peux résister à acheter une série de livres de lecture de base, en anglais pour mes grands élèves de Gisényi. J’en sors le sac à dos alourdi et bien rempli, le porte-monnaie légèrement aplati… Mais, je ferai des heureux qui le méritent bien.

Notre amie arrive au rendez-vous : chaleureuses retrouvailles… Puis, une autre coopérante anglaise se joint à nous. On part à pied vers El Torrero, un cybercafé d’allure latino, fort sympathique, avec de la bonne musique, petite galerie d’art et internet sans fil gratuit. Nous rejoint une troisième ex-coopérante irlandaise, au service d’un organisme privé américain de gestion et bonne gouvernance (si j’ai bien compris), depuis six mois, mais en toute récente rupture avec son employeur…Elle est un peu désemparée. Entre quelques grandes Primus et Mutzig (bières locales, brassées à Gisényi), je renoue rapidement avec les hauts et les bas de la coopération internationale et surtout avec les amis qu’on s’y faits.

Nuit sans histoire, levée avec le soleil : une banane, un café et un bol de gruau. Je contacte un ami rwandais connu lors de notre séjour l’an dernier. C’est un chic type, sympa, nouvellement marié avec qui il fait bon causer. Il m’invite chez lui, à l’autre bout de la ville.

J’enfourche une moto-taxi avec mon lourd sac-à-dos bourré de livres, je me rends d’abord au City Center pour y déposer en consigne le dit sac car j’ai un autre rendez-vous à 13 heures au Karibu, (charmant restaurant où le buffet est fabuleux pour 2,500 frw, soit environ 5$). Je me rends au point de rencontre où notre ami me rejoint; les retrouvailles sont cordiales. Un tour dans son petit quartier tranquille, routes en terre, tout est propre et bien entretenu. Coquette petite maison entourée d’un mur d’intimité, petit patio. Intérieur bien aménagé, propret à souhait, meublé confortablement et de bon goût. Sa femme, toute discrète m’accueille gentiment.

On ne peut pas se revoir, lui et moi, fut-ce à 10h le matin, sans <@Ri>entonner<$p> une Primus (pour les intimes, nous avions jadis, ce que nous appelions la chorale : soirée de bière occasionnelle pour quelques-uns des mécréants du coin, dont il était comme maître choriste). On savoure la Primus avec nostalgie, avec quelques carrés de fromage.

Tout en regardant les photos de leurs noces tout à fait traditionnelles, on fait le tour des amis communs et une mise à jour sur leur nouvelle vie.

Puis, je saute sur une autre moto vers Karibu pour renouer avec d’autres amis. Tout en mangeant, nous faisons le tour des nouvelles. On parle d’éducation bien sûr. L’implantation radicale de l’anglais ne se fait pas sans heurts ni victimes dans les écoles et c’est facilement compréhensible. Une réforme scolaire en profondeur accompagne les changements linguistiques. Les enseignants de français des collèges se retrouvent souvent sans emploi, après plusieurs années d’expérience, du jour au lendemain… En même temps, on dit que la Tanzanie, l’Ouganda, les pays anglophones voisins commencent à introduire le français dans leurs institutions scolaires.

Vers 14h20, j’enfourche un autre mototaxi vers le terminus Virunga pour le bus de 15h00 vers Gisenyi. J’arrive un peu fourbu mais ravi de me retrouver à la maison. J’ai bien hâte de voir comment se passera le lundi avec les cinéastes, la semaine avec la venue du Président et de ses hôtes qui, dit-on, ont monopolisé les hôtels de luxe de Gisényi, généralement peu fréquentés. Gisenyi s’est fait belle pour accueillir ses invités : rues balayées, accotements désherbés, peinture rafraîchie sur les clôtures et murs avoisinants.

Espérons que la rencontre sera porteuse de paix et de réconciliation au bénéfice des populations de la région. On en reparle. Bonne semaine

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