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Guerre et dérision

Expositions à la Maison des arts

par Jocelyn Bourassa
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Article mis en ligne le 7 mai 2009 à 13:39
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Guerre et dérision
Sophie Jodoin, passionnée par le corps humain, et Bernard Gamoy, pourfendeur du mythe du héros, deux artistes qui démystifient deux mondes. (Photos: Martin Alarie)
Guerre et dérision
Expositions à la Maison des arts
Quatre hommes ont fait irruption dans un village kurde de la Turquie pendant une cérémonie de mariage. Munis de fusil d’assaut, ils ont arrosé de balles les deux fiancés, ont tiré sur la foule et sont entrés dans les maisons, tuant femmes et enfants. Bilan: 44 morts. Motif: une dispute concernant un enclos d’élevage de truites.
Absurde, ridicule, tragique! Ce sont ces qualificatifs que l’artiste Sophie Jodoin dessine ces dernières années et ça donne l’exposition Menus drames et petits riens, présentée à la Maison des arts jusqu’au 21 juin.

Quelques-uns des 32 petits dessins de Sophie Jodoin représentent tête emmaillotée, chien mort étendu, corps mutilé, bâillonné, décapité, démembré. Guerriers comme civils. Mais attention! C’est tout à fait supportable, car l’artiste met l’accent sur le côté vulnérable de l’être humain et non sur l’horreur. On peut presque dire que c’est doux à regarder. Un vrai tour de force!

Pour y arriver, l’artiste privilégie les silhouettes en format réduit, ainsi que le noir et blanc. C’est davantage l’être humain pétrifié par la guerre qu’amputé par des barbares. À la limite, c’est presque de la poésie. Il faut savoir que l’artiste est fascinée par le corps humain.

«Je suis consciente que ce ne sont pas des dessins nécessairement joyeux, mais mon regard sur la guerre est doux et je me suis efforcée à le laisser transparaître, explique Sophie Jodoin. Si j’avais opté pour le grand format et les couleurs, j’aurais sombré dans le sensationnalisme. En choisissant le petit format et le noir et blanc, je pense avoir évité la provocation en mettant une distance entre le dessin et le spectateur. On parle de douleur, mais de douleur tendre comme on dit en anglais.»
Le mythe du héros
Du registre tragique on passe au registre de l’humour et de l’autodérision. L’artiste Bernard Gamoy se met en scène pour détruire le mythe du héros dans l’exposition: le non-héros, une distance intime. À travers l’autoportrait, l’artiste exploite la dynamique du rapport dominant dominé en utilisant subtilement le jeu des vues en plongée et contre-plongée. Ce faisant, il remet en question le mythe du héros si cher à l’Occident, mais de façon légère, en utilisant l’ironie et parfois le sarcasme.

Exemple: il fait une parodie de la célèbre toile d’Andy Warhol représentant Elvis, fusil à la main et accompagné d’un chien avec un cornet. Bernard Gamoy a repris la pose, remplaçant le fusil par une tête d’âne. Voulait-il tourner le héros Elvis en dérision? «Absolument pas, dit-il. Je voulais juste descendre l’artiste de son piédestal. Je ne vise pas Elvis lui-même, car je pense qu’il était un non-héros à sa manière. Ce que je veux montrer, c’est que plus on est médiatisé, plus on devient théâtral, plus on s’abêtit. Je veux aussi rappeler qu’il n’y a pas de héros, qu’il ne faut pas oublier que nous sommes avant tout des êtres humains, qu’il faut rigoler, être capable de rire de soi et de ne pas trop se prendre au sérieux. Car si on oublie qu’on est un être humain, on risque de devenir un héros.»

Et pourquoi ce chargé de cours à Concordia se retrouve-t-il dans les 13 peintures présentées à la MDA? «Parce que je fais du dommage à personne d’autre qu’à moi, dit-il en riant. Il m’est très facile de faire le guignol!»

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