Charlebois accumule les honneurs ces dernières années. Il a été fait Grand Montréalais, a reçu l’Ordre du Canada, est devenu officier de l’Ordre de la nation du Québec et figure désormais sur un timbre de Postes Canada au même titre qu’un autre rocker, Bryan Adams dans le cadre d’une série consacrée aux musiciens canadiens.
(Photo courtoisie – OSA Images)
Biographie d’un rocker sacré!
Robert Charlebois avait 16 ans quand il sort de sa chambre en criant: «Maman, j’ai écrit une chanson géniale!» Il avait vu juste puisque La Boulée obtiendra le Prix de la chanson en 1965.
Le Québec fait connaissance alors avec cet artiste du quartier Ahuntsic, né en 1944 dans l’Est de la ville, rue Fabre. Irrégulier à l’école, il hante les rues du quartier avec son ami Jean-Guy Moreau, gratte de la guitare et danse sur Elvis et Buddy Holly. À l’École nationale de théâtre, il écrit la musique de scène d’une quinzaine de pièces. Un atout non négligeable!
Les trois premiers albums à saveur folk song marquent la période Bob Dylan de Charlebois. L’artiste américain fait un malheur dans l’Occident et tout le monde s’en inspire, Charlebois inclus. C’est l’époque de La complainte de la presque Amérique, C’est pour ça et surtout Demain l’hiver, son premier classique. Il dira plus tard que cette chanson est importante pour lui car il avait finalement trouvé son style.
Le rocker s’éveille
Mais Charlebois n’est pas Dylan, qui le fait trop pleurer d’ailleurs. Il veut s’éclater sur une scène au lieu d’accumuler les complaintes, faire rire les gens, les faire chanter, les faire danser.
En 1967, il assiste à un spectacle de Frank Zappa et son groupe The Mothers of invention en sol américain. C’est le choc! Charlebois est frappé de plein fouet par le rock psychédélique. «Ça faisait un peu peur de les voir sur scène», dira-t-il à La Presse. Avec quelques dollars en poche, il se sauve en Californie où il baignera dans une atmosphère psychédélique trois mois durant.
De retour au Québec, il zappe de Dylan à Zappa en créant «l’Osstidcho». Le spectacle est un coup de canon qui retentit encore aujourd’hui. Du spectacle est issu l’album Charlebois-Forestier avec des chansons éclatées comme Lindberg (sans le H à la fin dit Charlebois car il l’a fumé), la très aérienne California et Engagement, pur produit funky. La tornade Charlebois secoue le Québec si fort que la France l’invite à traverser l’Atlantique. Scandale à l’Olympia! Charlebois est chassé (voir autre texte en page 6).
Têtu, il revient au Québec poursuivre son aventure psychédélique avec l’album Québec Love renfermant les titres Les ailes d’un ange, Tout écartillé et Te v’là! Ces deux albums figurent parmi les dix meilleurs albums de l’histoire du Québec selon les observateurs. Suivront les classiques Ordinaire, Conception, Entr’deux joints, Avril sur Mars, Je rêve à Rio. Maître de la parodie, Charlebois écrit avec Mouffe les inoubliables Miss Pepsi et Madame Bertrand.
Coup de poing
Au tournant de la trentaine, il change de peau, change de muse et devient père. À ses fans, il offre l’album Longue Distance contenant les classiques The Frog Song, Je reviendrai à Montréal et peut-être le chef-d’œuvre de sa carrière, le fameux Wasishu homme de l’Est. Parallèlement, il entreprend une carrière cinématographique de courte durée, tournant, entre autres, dans une production de Sergio Leone aux côtés de Terence Hill et Miou Miou dans le film Une génie, deux associés, une cloche.
Le voyage à travers la trentaine sera difficile, les albums étant de qualité inégale. Mais Charlebois ne regrette rien. Il chante : «J’ai trouvé la paix majuscule, sans joint, ni bière, ni pilule.»
Écriture
Pour traverser le cap des 40 ans, il s’associe au parolier Luc Plamondon et le duo fait un tabac avec des titres comme Moi Tarzan, toi Jane, J’t’aime comme un fou et Les talons hauts. Charlebois reprend sa place parmi les meilleurs vendeurs de disques au Québec et fait un retour marqué sur la scène.
Ensuite, il enfile des succès comme Silence on danse, J’savais pas et L’indépendantriste. Avec l’album Doux sauvage, il renoue avec l’écriture de textes. Jamais il n’avait écrit autant de chansons sur un même album depuis l’époque d’avant Lindberg. C’est un succès! En dehors de sa carrière solo, il fait équipe avec son cousin Jean Charlebois pour la création de l’opéra rock Cartier et pour la tragédie musicale Jean-Sans-Nom, tiré d’un roman de Jules Verne. La mise en scène était de Robert Lepage.