(Photo: Martin Alarie)
TVRL essuie de vives critiques à l'audience du CRTC
Consolider d'abord, la licence ensuite
Après avoir essuyé de vives critiques lors de l'audience du CRTC, les 27 et 28 mai, La Télévision régionale de Laval (TVRL) relègue le dossier de la nouvelle licence au second rang, sur l'échelle des priorités. Consolider d'abord. «Si on a la licence, on verra», dit le président de la télé lavalloise.
Alors que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) se penche sur la demande, TVRL attend les conclusions d'une analyse de sa structure démocratique et de son mode de fonctionnement.
«Pour moi, le dossier du CRTC n'est pas prioritaire. J'ai un OBNL [organisme à but non lucratif] qui doit fonctionner, qui en arrache depuis cinq ans. Il est temps de se questionner, si on veut faire quelque chose de sérieux», insiste Marcel Alexander, qui assure la présidence de l'organisme depuis peu.
Une nouvelle licence de télévision communautaire de faible puissance permettrait à TVRL de s'affranchir de Vidéotron, de diffuser 24h sur 24 sur son propre canal et de vendre de la publicité.
La télévision lavalloise demande également la permission de diffuser dans les municipalités de Sainte-Thérèse, Oka, Deux-Montagnes, Boisbriand, Saint-Eustache, Blainville, Rosemère, Lorraine et Bois-des-Filion.
Cette ambition a déclenché les foudres d'une vingtaine d'intervenants dans le cadre de l'audience du CRTC, notamment des télévisions communautaires de Lanaudière et des Basses-Laurentides.
Renégocier avec Vidéotron
Terre à terre, M. Alexander veut composer pour l'instant avec le matériau à sa disposition: les heures hebdomadaires dévolues à TVRL par Vidéotron. Mais les quatre heures accordées ne sont pas suffisantes, estime le président.
TVRL diffuse en fait quelque 20 heures de programmation, mais seules les quatre heures autorisées sont rétribuées par Vidéotron, explique-t-il. «On pourrait en faire plus. On doit renégocier avec Vidéotron.»
Deux canards boiteux
C'est dans ce contexte que la Télévision du grand Laval (TVGL) réclame une place dans la programmation du câblodistributeur. Incorporée en juillet 2008, la nouvelle télévision communautaire est présidée par un ancien membre fondateur de TVRL, Claude Rousseau.
«Il y a suffisamment de place à Ville de Laval pour deux TVC [télévisions communautaires] sur le canal communautaire desservant son territoire», écrit M. Rousseau dans un mémoire présenté au CRTC.
«Leur programmation pourrait être complémentaire; les commanditaires recherchés seraient différents», avance Claude Rousseau. Marcel Alexander n'y croit pas. «Est-ce qu'on peut avoir deux télévisions différentes au point que des projets acceptés par une seraient refusés pas l'autre? Et il ne faut pas oublier qu'il faut amener les gens à les regarder.»
«Tant que les sommes disponibles pour la production locale sont ce qu'elles sont actuellement, si on fait deux télévisions avec deux heures chacune, on fait deux canards boiteux.»
Conflit
L'opposition entre les deux télés est aggravée par un conflit entre l'ex-vice-président de TVRL, Francis Cuggia, et le président de TVGL, Claude Rousseau. Ce dernier a claqué la porte de TVRL en décembre 2006.
Créée en réaction à ce départ, TVGL veut «offrir un véritable média communautaire transparent vis-à-vis sa communauté et ouvert aux membres de cette communauté», écrit Claude Rousseau, dans son mémoire.
Comme une entente à l'amiable entre les deux organismes ne semble pas possible, TVGL entend faire pression sur Vidéotron pour obtenir du temps de diffusion. Pour l'instant, TVGL, qui est membre de la Fédération des télévisions communautaires autonomes du Québec, «a des activités de gestion», résume M. Rousseau.
Si TVRL obtenait une licence de TVC de faible puissance, «TVGL ne se battrait pas à armes égales», croit M. Rousseau. Un argumentaire repris par la Télévision communautaire des Basses-Laurentides, la Télévision régionale des Moulins, la Fédération des télévisions communautaires autonomes du Québec ainsi que par de nombreux élus.
Devant les représentants du CRTC, MM. Alexander et Cuggia ont fait valoir que la vente de publicité par TVRL, si elle était pourvue d'une nouvelle licence, ne menacerait pas les commandites des télés de la Couronne nord.
«Deux choses séparées»
Mais l'opposition des joueurs au nord de la rivière des Mille Îles ne se limite pas à cela. Dans leur mémoire, le financement privé de TVRL, les conflits d'intérêts apparents qui y règnent, son statut d'OBNL et sa structure démocratique sont dénoncés.
«Les opposants ont frappé sur TVRL, pour s'opposer à la licence», déplore Marcel Alexander, pour qui les problèmes internes de son organisme et sa demande au CRTC sont «deux choses séparées».
«On constate l'unanimité contre nous, alors que c'est des gens avec qui on devrait avoir une bonne relation.» M. Alexander compte sur les efforts entrepris pour améliorer la gestion de TVRL et sur les deux années de délai avant la diffusion sur le nouveau canal, si la licence est accordée. «Ça va nous laisser le temps d'assainir nos relations avec nos collègues.»