TVRL loge dans un immeuble appartenant à une société contrôlée par son ex-vice-président, Francis Cuggia. De nombreux liens d'affaires existent entre la télévision et ce membre fondateur.
(Photo: Martin Alarie)
TVRL se remet en question
Alors que son ex-vice-président et fondateur Francis Cuggia a maille à partir avec l'Autorité des marchés financiers (AMF), la Télévision régionale de Laval (TVRL) se livre à un exercice d'introspection, grâce à une subvention de 6000 $ accordée en avril par Ville de Laval, afin de réviser sa structure démocratique et son mode de fonctionnement.
«C'est une subvention non récurrente et exceptionnelle, [consentie] à la demande de TVRL», explique le porte-parole de la Ville, Marc Laforge.
«Après cinq ans et un parcours plus ou moins cahoteux, il fallait qu'on se questionne sur la gouvernance, la structure et le fonctionnement», expose le nouveau président du conseil d'administration de TVRL, Marcel Alexander. Directeur général de la Salle André-Mathieu, M. Alexander siège au C.A. depuis près de quatre ans.
La définition du mandat confié le 7 mai à Jean-Louis Bédard, ex-président de TVRL, est assez éloquente: «Analyser et dénouer les imbroglios qui semblent exister et qui perdurent depuis quelques mois à l'intérieur de l'entreprise».
L'idée de cette étude a été mise de l'avant peu de temps après que l'AMF a accueilli les plaintes de trois entreprises qui se disaient flouées par Francis Cuggia et sa compagnie d’assurances, Le Groupe Ultra-Vie (lire le texte Francis Cuggia sommé de rembourser 23 688 $). «Je ne le savais pas à ce moment», assure Marcel Alexander.
M. Bédard se penche notamment sur les règlements du C.A., la cohabitation de TVRL et de Production WOW TV — propriété de Francis Cuggia — la structure de financement de la télé communautaire et l'état de ses finances.
Critiques et questionnements
Cette remise en question a eu des échos jusqu'à Québec, les 27 et 28 mai, où le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) tenait une audience en lien avec une nouvelle licence convoitée par TVRL. Le feu vert du Conseil permettrait à la station de diffuser 24 h sur 24 à Laval et sur la Rive-Nord.
L'audience du CRTC a été une occasion pour de nombreux opposants à la demande de la télé lavalloise de faire son procès. Indépendance journalistique compromise, mainmise de la famille Cuggia, démocratie douteuse: les critiques ont fusé de toutes parts et ont généré des questions chez les représentants du CRTC.
«J'ai débuté mon intervention au CRTC en disant que nous sommes conscients qu'il peut y avoir apparence de conflit d'intérêts», note Marcel Alexander, qui a accordé une longue entrevue au Courrier Laval, le 19 juin.
Avances
Selon les états financiers de 2007 et 2008, TVRL a encaissé, depuis 2006, 624 596 $ d'avances sans intérêt de Francis Cuggia, de sa conjointe, Johanne Bourdages, ou d'entreprises qui leur sont liées.
Une note aux états financiers de 2008 stipule qu'«une partie des avances [173 274 $ en 2008] faites par les sociétés apparentées ont été financées par la marge de crédit personnelle de l'administrateur», c'est-à-dire Francis Cuggia.
Deux de ces entreprises, les firmes de courtage d'assurances collectives Groupe Ultra-Vie et Groupe-Vie, logeant à la même adresse que TVRL, sont impliquées dans le dossier de l'AMF. Le 25 février dernier, l'Autorité sommait M. Cuggia de rembourser 23 688 $.
Par ailleurs, TVRL est liée par bail à une société contrôlée par son fondateur. Et, fait inusité dans le monde de la télévision communautaire, plus de 30 % de la production des émissions lavalloises diffusées par Vidéotron est confiée à deux compagnies de production de la famille Cuggia.
«Il n'y a aucune contrepartie financière», a assuré Francis Cuggia, lors de l'audience du CRTC, le 27 mai. Ce dernier aurait également toujours travaillé bénévolement, notamment lorsqu'il occupait les fonctions de directeur général, précise Marcel Alexander.
Refusée à la Fédération
Ce mélange des genres a fermé la porte de la Fédération des télévisions communautaires autonomes du Québec, il y a deux ans. «On a refusé leur demande d'adhésion, dit Francine Beaulieu, directrice de la Fédération. On voyait beaucoup de gestion de famille.»
Le style de gestion de TVRL se heurtait à l'esprit d'appartenance à la communauté et d'accessibilité émanant du Cadre de référence des télévisions membres de la Fédération, indique Mme Beaulieu, qui qualifie TVRL d'«OBNL [organisme à but non lucratif] de façade».
Certains articles de ses règlements généraux, comme la désignation des fondateurs membres à vie et des barrières à l'entrée de nouveaux membres, ont aussi joué en sa défaveur.
Dans le cas où TVRL tenterait à nouveau de joindre les rangs de la Fédération, «on ne refuserait pas d'office, affirme Francine Beaulieu. On serait quand même très vigilants. Ça pourrait être différent si Cuggia n'était plus dans les parages.»
En retrait
«Les choses qui prêtaient à confusion, on s'est employés à les enlever une par une», souligne Marcel Alexander. Il n'y a plus de membres de la famille Cuggia qui travaillent à TVRL. Une nouvelle politique adoptée en 2008 a mis fin aux avances d'argent venant du fondateur ou de compagnies qui lui sont liées.
«C'est sûr qu'il y avait un malaise, dit M. Alexander. C'est pas pour rien qu'on a apporté des modifications.» Le nouveau président ne cache pas qu'une nouvelle avance a «exceptionnellement» été acceptée au premier trimestre de 2009. Une entorse à la nouvelle politique qu'il justifie par une précarité financière que l'organisme tente justement de résoudre.
Quant au statut de Francis Cuggia, il se limite désormais à un poste régulier au C.A., selon M. Alexander. «Pour l'instant, je suis complètement retiré», a confirmé M. Cuggia par téléphone, tout en refusant de répondre aux questions du Courrier Laval.