La pénurie de bénévoles dans le milieu communautaire suscite actuellement de nombreuses interrogations.
(Photo: Martin Alarie)
Le bénévolat à la recherche d'un nouveau souffle
En plus du vieillissement des bénévoles eux-mêmes, des besoins accrus dus au délestage de services publics vers le milieu communautaire, le sentiment d'appartenance déficient à Laval pourrait aussi expliquer la pénurie de bénévoles observée partout sur le territoire.
Une étude de Statistique Canada, effectuée en 2005, indique que le sentiment d'appartenance des Lavallois envers leur communauté locale est le plus bas au Canada. Cette particularité pourrait expliquer leur faible engouement face au bénévolat.
«Je ne crois pas. Pendant longtemps, on a pensé que Laval était une extension de Montréal du point de vue des services communautaires, mais maintenant, il y a une foule d'organismes communautaires et d'organisations sportives et de clubs sociaux à Laval», soutient Kathleen Gagnon la directrice générale du Centre de bénévolat de Laval. Cette vitalité associative prouverait que les Lavallois sont actifs et se reconnaissent dans leur collectivité.
«Maintenant, la majorité des Lavallois vivent et travaillent ici sur l'île Jésus. Je crois que tout le monde veut être impliqué dans la ville où il demeure», affirme Mme Gagnon
Pour contrer une possible pénurie de bénévoles. Celle-ci pense que les organismes communautaires doivent établir des collaborations et «travailler en complémentarité dans le respect des missions de chacun.»
Problématique métropolitaine?
Sociologue spécialisé dans l'action collective et les mouvements sociaux, Pierre Hamel n'exclut pas que le sentiment d'appartenance puisse jouer un rôle dans le manque de bénévoles, bien qu'il garde certaines réserves.
«L'hypothèse d'un pauvre sentiment d'appartenance est légitime, mais plusieurs facteurs peuvent être en cause. Passé l'an 2000, il faut être conscient que les logiques économiques ayant cours sur l'île de Laval s'inscrivent dans un contexte métropolitain plus que jamais. Elles vont souvent au-delà de la communauté», observe pour sa part le professeur de l'Université de Montréal, qui s'est beaucoup penché sur les enjeux métropolitains et la démocratie locale.
Pierre Hamel et quelques collègues ont d'ailleurs publié récemment une enquête sur le développement local, dans la revue Politique et Société (vol. 25, no.1). On y a entre autres interrogé 16 organismes lavallois, dans des domaines allant de la concertation aux organismes jeunesse et du soutien à l'employabilité aux centres communautaires.
«Notre équipe a plutôt l'impression que les gens s'impliquent davantage, si l'on compare aux époques passées. En plus de faire preuve d'un dynamisme remarquable dans leurs organismes», relève M. Hamel.
«Mais dès qu'on voyage un peu, on s'aperçoit que nous vivons dans une société pauvre, qui a de la difficulté à améliorer la qualité de ses services publics», ajoute-t-il.
La loi c'est la loi
Quand ce n'est pas une carence en bénévoles, des impératifs légaux semblent nuire aux campagnes de recrutement des organismes. Le fait de payer au kilométrage les bénévoles en accompagnement-transport, le service le plus en demande, n'aiderait pas la cause. C'est que le transport bénévole est assujetti à la loi sur les taxis.
Tel que le souligne Marie-Christine Lalonde, du Comité d'animation du troisième âge de Laval (CATAL), les propriétaires de camionnettes, pouvant aider plusieurs usagers à la fois, se questionnent souvent sur la valeur de leur travail, quand ils voient que le même dédommagement est accordé aux conducteurs de petites voitures.
Pas de panique
À la Corporation de développement communautaire de Laval (CDC), la question d'une pénurie de bénévoles n'a pas encore été soulevée, laisse savoir son coordonnateur, Maxime Bergeron-Laurencelle.
«Les gens n'ont pas eu le réflexe d'aller au-delà de leur réseau pour l'instant. Aussi, les gens s'impliquent-ils parce qu'ils tiennent à la mission de l'organisme ou pour remplir du temps? Il y a certainement une discussion sérieuse à entamer sur la fonction d'un bénévole dans notre société et leur encadrement», de dire M. Bergeron-Laurencelle, lançant à haute voix ce que pensent plusieurs tout bas.
(Photo: Martin Alarie)
«Je crois que tout le monde veut être impliqué dans la ville où il demeure »
– Kathleen Gagnon
«Les logiques économiques ayant cours sur l'île de Laval s'inscrivent dans un contexte métropolitain plus que jamais.»
– Pierre Hamel