À Fabreville, le fer à cheval qui relie la 8e à la 9e avenue est sous les flots.
(Photo: David Gaubiac)
Crue printanière… en janvier
Le temps est doux, le niveau d’eau des rivières fracasse les maximums observés au cours des trente dernières années, les patineurs rongent leur frein, tout comme les motoneigistes et les amateurs de pêche sur glace. Bref, l’hiver est à l’eau sur le littoral lavallois.
En temps normal, ils s’apprêteraient à effectuer des tests d’épaisseur de glace et à traquer le frasil. Les experts d’Hydro Météo, qui fournissent à Ville de Laval les services de surveillance et de prévision des crues et des embâcles, emploient plutôt leurs journées à surveiller le niveau des eaux qui entourent l’île Jésus: une activité habituellement réservée aux mois de mars et avril.
Temps doux
Les pluies abondantes de l’automne, mais également le temps doux y sont pour quelque chose, explique Pierre Corbin, géophysicien à Hydro Météo. «Il manque de temps froid. Il n’y a pas eu une baisse [du niveau d’eau], comme d’habitude, avec la neige et la glace, qui gardent l’eau captive. Normalement, au début janvier, on peut commencer à marcher sur la glace et la sonder.» L’année dernière, une telle opération a été possible à la fin janvier.
La situation est-elle exceptionnelle? «Non, si on regarde les dernières années, mais si on regarde les niveaux des 30 ou 40 dernières années, c’est pas arrivé souvent, fait observer M. Corbin. Est-ce qu’il s’agit d’une nouvelle tendance? C’est le temps qui le dira.»
Les données disponibles sur le site Internet du Centre d’expertise hydrique du Québec corrobore les observations du géophysicien. Depuis octobre dernier, les débits d’eau observés à proximité du pont David, qui enjambe la rivière des Mille Îles vers Bois-des-Filion, dépassent le plus souvent les maximums relevés au cours des 33 dernières années. Même scénario pour la rivière des Prairies, à la hauteur des rapides du Cheval Blanc, au nord de Pierrefonds.
Au cours des vingt années qu’il a passé à gérer le Parc de la Rivière-des-Mille-Îles, le directeur d’Éco-Nature affirme n’avoir «jamais vu ça». «On a eu des hivers avec de la pluie, mais ça finissait par geler, il y avait des embâcles, relate Jean Lauzon. C’est assez exceptionnel. Si personne ne croit au réchauffement du climat avec ça, qu’est-ce que ça va prendre?»
Le temps doux et l’eau vive alimentée par la pluie qui continue de tomber n’a pas tellement d’incidence sur la faune et la flore riveraines, estime M. Lauzon, si ce n’est que beaucoup de canards n’ont pas entrepris le grand voyage rituel vers le sud. «On observe beaucoup de hérons, de bernaches. Normalement, ils sont partis. Là, ils restent parce qu'ils peuvent encore manger.»
Rues inondées
À Laval-Ouest et Fabreville, il n’y a pas que les canards qui sont mouillés. Dans le secteur riverain de la 49e avenue et de la rue Rivièra, à Laval-Ouest, la rivière baigne les pieds des arbres, immerge de grands pans de la piste cyclable et va jusqu’à lécher la rue, par endroits.
Plus à l’ouest, à Fabreville, le fer à cheval qui relie la 8e à la 9e avenue est sous les flots. Pendant les Fêtes, l’eau a atteint le devant de la deuxième maison à partir de la rivière, sur la 9e. Vincent Zuccaro, qui habite là depuis 23 ans, est habitué aux crues printanières et automnales. «Cette année, c’est une exception. Ça fait quatre ou cinq fois que ça se produit.»
Au cours de ces épisodes, il lui faut passer dans l’eau pour entrer chez lui. Mais le pire inconvénient demeure les débris charriés par l’eau: branches et carcasses de canards morts, qui s’accumulent et que la Ville tarde à ramasser.
Lui et son voisin d’en face, Jean-Luc Perras, qui a construit les fondations de sa maison «comme une coque de paquebot» avec des matériaux hydrofuges, ne voient qu’une solution: relever le niveau de la rue.
À court terme, les deux résidents peuvent garder espoir de voir une solution naturelle à leur problème. À Hydro Météo, les prévisions maison indiquent une chute de mercure pour la semaine prochaine. «Ça risque de trancher avec la température qu’on connaît actuellement», prédit Pierre Corbin.
(Photo: David Gaubiac)