Une étude rendue vingt ans plus tard
Ancien dépotoir Cloutier
Il a fallu 15 ans à la Ville pour procéder à l'étude environnementale du dépotoir Cloutier, à Saint-François, et cinq de plus pour en communiquer les résultats au ministère de l'Environnement, qui réclamait depuis 1986 une intervention sur ce lieu d'élimination de déchets industriels, désigné par Laval comme un futur écoterritoire.
C'est ce qui découle de documents internes du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), obtenus par le Courrier Laval en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Ville de Laval avait été informée dès mars 1986 de la nécessité d'effectuer une étude de caractérisation sur le site.
Ce n'est qu'en décembre dernier que la Ville a communiqué au ministère les résultats d'une étude commandée à la firme Dessau-Soprin à l'automne 2000. Le MDDEP ignorait l'existence même de cette étude avant que le Courrier Laval ne lui en fasse part, en novembre 2006.
Dans l'embarras
«Le ministère s'est trouvé embarrassé en l'absence d'informations contemporaines relevant de la responsabilité de la Ville de Laval et normalement transmises par les propriétaires de sites au MDDEP, pour l'appuyer dans son rôle d'assurer la protection de l'environnement», peut-on lire dans une lettre adressée au directeur du Service de l'environnement de Laval, le 4 décembre 2006.
Dans cette lettre, on rappelle la nécessité d'intervenir sur «ce lieu identifié comme lieu d'élimination de déchets dangereux». Le ministère avait désigné l'ancien dépotoir dans la catégorie II en matière de risque, «en raison de la présence de déchets industriels laissant craindre une contamination des eaux de surface et des eaux souterraines».
Outre la lettre envoyée à Ville de Laval en mars 1986, dans laquelle le ministère évoque les «études nettement insuffisantes», une note de service datée du 19 février 1987 témoigne du laxisme de l'administration lavalloise. «La Ville se montre peu réceptive à la réalisation de l'étude de caractérisation visant à orienter le choix des mesures de restauration.»
Il a été impossible, pour Ville de Laval, d'expliquer les raisons de ces 15 années d'inaction dans ce dossier avant d'aller sous presse. «On a l'habitude de répondre [aux demandes du ministère]. Ça me laisse perplexe», a réagi le porte-parole de l'hôtel de ville, Jean-Claude Beaudry. Trois directeurs du Service de l'environnement se sont succédés depuis 1986, a noté M. Beaudry, qui estime pouvoir fournir une réponse dans une semaine.
Suivi SVP
Le rapport de l'étude de caractérisation de Dessau-Soprin, dont le Courrier Laval a obtenu copie, conclut à l'absence de contamination des eaux souterraines.
À la lumière de cette étude, réalisée entre 2000 et 2006, le Service de l'environnement de Laval évalue que «le site Cloutier n'a pas un impact majeur sur le milieu […] Néanmoins, compte tenu de la nature de ce site, nous croyons que le suivi doit être maintenu».
«On a demandé à la Ville d'améliorer son suivi à l'avenir et d'ajouter une station d'échantillonnage du côté est du dépotoir», note Jean Rivet, directeur régional au ministère. Ce dernier qualifie les résultats de satisfaisants.
Laval est propriétaire depuis 1982 de la portion ouest du dépotoir des Industries Cloutier, exploité entre 1973 et 1980. Elle a acheté le reste du site en février 2006 à Monit International (voir autres textes en pages 1, 6, et 7, 9). Ces lots ont accueilli des déchets domestiques et des déchets industriels en quantité appréciable au cours des années 60.
La municipalité avait présenté, l'année dernière, cette acquisition comme «un des plus grands achats d'espaces verts». En décembre dernier, l'administration Vaillancourt dévoilait son intention d'incorporer le terrain dans un de ses sites écologiques d'importance.