Marie-Hélène Dubé et ses deux enfants. La Lavalloise déplore que les modalités des prestations d'assurance-emploi, en cas de maladie, n'aient pas été modifiées depuis 1971.
(Photo: Maya Alarie Photo)
À la guerre, deux fois plutôt qu'une
Marie-Hélène Dubé, atteinte d'un cancer, se bat pour réformer l'assurance-emploi
À l'autre bout du fil, la voix est jeune, vivante, énergique. Difficile de deviner qu'elle appartient à une femme qui en est à son troisième face-à-face avec le cancer. Marie-Hélène Dubé, mère de deux enfants, trouve malgré tout l'énergie pour se battre sur un autre front: la Loi sur l'assurance-emploi, très peu généreuse en cas de maladie.
À l'heure où les cloches d'école retentissent, Marie-Hélène Dubé raconte son histoire, entre l'arrivée à la maison de sa fille de 14 ans et de son fils de 11 ans. La routine quotidienne, la maladie, la lutte sur la place publique…
«Oui, ça prend de l'énergie, mais de l'autre côté, ça en amène», dit-elle. Depuis le moment où elle a mis en branle sa pétition, il y a deux mois, elle a reçu quantité de messages d'encouragement provenant des quatre coins du pays. Dix mille signatures figurent aujourd'hui au bas du document que cette Lavalloise de 38 ans destine au gouvernement Harper.
À travers les lettres d'appui qu'elle reçoit, elle comprend qu'elle vit le drame de nombreuses personnes de la classe moyenne qui ont le malheur de tomber malade. «J'ai un conjoint. Mais, j'aime pas ça ne pas être indépendante. Il a deux enfants, j'en ai deux. Quatre enfants, ça coûte un bras.»
À travers les mailles du filet
Après trois pertes d'emploi strictement liées à sa maladie, la jeune femme a, une fois de plus, épuisé ses prestations d'assurance-emploi, et est non éligible à l'aide sociale, ni aux prestations d'invalidité du Canada ou à la rente d'invalidité du Québec.
La durée maximale des prestations d'assurance-emploi établie pour les personnes malades est actuellement fixée à 15 petites semaines. En 2003, quand elle apprend qu'elle est gravement malade, le jour de ses 32 ans, la résidente de Saint-Vincent-de-Paul a déjà écoulé ses 15 semaines de prestations. «J'avais arrêté le travail pour un burnout.» Derrière la grosse fatigue se cachait le cancer de la glande thyroïde, qui s'était étendu aux ganglions, au moment du diagnostic.
L'ablation de la thyroïde, à elle seule, entraîne une convalescence plus longue que 15 semaines, sans compter les traitements de radiothérapie.
Le scénario catastrophe se répète en 2007, puis en 2008. Chaque fois, Marie-Hélène Dubé doit quitter son emploi de fonctionnaire contractuelle au gouvernement fédéral. Et chaque fois, quand la tempête est passée, la jeune femme doit se soumettre au processus de concours externe, qui s'étend sur plusieurs mois, pour être réembauchée.
«La troisième fois, je me suis choquée. Je me suis dit: "Je vais leur brasser la cage pour que ça change".»
Un projet de loi
Après un nouveau diagnostic en septembre dernier, Mme Dubé a dû retarder une intervention chirurgicale en novembre. «Je n'avais pas assez d'heures de chômage [heures de travail assurables]!» Malgré la fatigue, elle passe de trois à cinq jours de travail par semaine, pour pouvoir atteindre le nombre d'heures nécessaires pour être éligible aux prestations.
C'est pendant sa convalescence, cet hiver, qu'elle décide de lancer une pétition. Elle commence dans son patelin, à Rivière-du-Loup, où elle sollicite amis et parents.
Hasard de la vie: elle apprend que le député bloquiste de la région, Paul Crête, prépare un projet de loi modifiant la Loi sur l'assurance-emploi, afin de faire passer de 15 à 45 le nombre maximal de semaines de prestation en cas de maladie.
Le suivi du projet de loi C-339, qui a franchi l'étape de la première lecture, le 11 mars, a été confié au député de Chambly, Yves Lessard, après le départ de M. Crête.
En attendant, Marie-Hélène Dubé se prépare à de nouveaux traitements de radiothérapie et apaise ses frustrations à l'aide des appuis qu'elle reçoit. «Je me dis: "Merde! Tout ça juste parce que je suis malade!"»
Adèle Vaillancourt
Commentaire mis en ligne le 15 novembre 2009Le gouvernement devra agir rapidement. J'appuie entièrement votre démarche.