Briser l’isolement

L’intégration des immigrants passe par les rencontres

Geneviève April genevieve.april@tc.tc
Publié le 30 avril 2009
David Arvanitakis, directeur du Carrefour d'intercultures de Laval, souhaite des solutions concrètes au problème d'accès à l'emploi des immigrants. (Photo: Maya – Alarie photo)

Laval, qui comptait 73 565 Néo-Québécois en 2006, est la deuxième ville qui accueille le plus d'immigrants au Québec, après Montréal. L’isolement des immigrants est le premier obstacle à leur intégration harmonieuse. Voilà le constat clairement exprimé lors des ateliers et du chantier sur l’immigration, à l'occasion du premier Forum social de Laval.

Les participants au chantier s'entendaient tous: que ce soit le manque de connaissance des ressources disponibles ou la barrière de la langue, plusieurs difficultés vécues par les nouveaux arrivants lavallois pourraient être évitées, grâce à un accompagnement plus personnalisé.

Leurs problématiques sont nombreuses: difficulté à faire reconnaître leurs diplômes, manque criant d'interprètes, méconnaissances des services disponibles. Des embûches généralisées qui se retrouvent dans toute la province. Le but du Forum social étant toutefois de trouver des solutions à la portée de tous, les participants aux ateliers ont donc abordé la question en se demandant: «Moi, qu’est-ce que je peux faire pour améliorer les choses?» Si les citoyens et groupes sociaux s'impliquaient de concert, certaines solutions simples pourraient faire toute la différence, selon les principaux intéressés.

Faire connaître les ressources

Bien que des services d’accompagnement et de francisation existent un peu partout sur l’île, ils sont souvent inconnus des immigrants. Ne pas connaître la langue est un obstacle majeur lorsque vient le temps d'identifier ses droits et obligations dans la société d’accueil. Un bottin des ressources disponibles à Laval existant déjà, les participants se sont penchés sur l’idée de traduire le document en plusieurs langues et sur son mode de distribution. «Si on me donne plein de documents me disant de faire ceci et d’aller là, mais que je ne parle pas le français, ça va finir en pile dans un coin», a illustré Graciela Mateo, animatrice du chantier et elle-même immigrante.

L’idée qui a le plus fait d’adeptes a été l’organisation de fêtes de quartier. Cette solution permettrait à tous de se rencontrer, de sortir de l’isolement et de briser les préjugés. Ce serait aussi un moyen de distribuer de l’information et de s’assurer que ceux qui la reçoivent sont en mesure de s’en servir.

Intégration socio-économique

La meilleure façon de rendre l’intégration plus aisée passe par la sécurité économique, selon Samira Laouni, participante au chantier. «On pourrait créer un comité qui irait échanger avec les employeurs pour leur dire qu’intégrer un immigrant, c’est une richesse. Et qu’une femme qui porte le voile, ce n’est pas une extra-terrestre!» La reconnaissance des acquis étant de juridiction provinciale, ce groupe travaillerait à abolir les préjugés raciaux et religieux.

Pour Denis Arvanitakis, directeur du Carrefour d’intercultures, le temps des discussions est passé. «Nous avons besoin de sensibiliser le milieu [des affaires]. Nous avons besoin de solutions concrètes. Là, maintenant», a-t-il plaidé.

Premiers échanges

En début de forum, des ateliers ont présenté certains services offerts aux immigrants. Le Coumbite de Laval présentait les réalités des immigrants haïtiens à Laval, alors que le Carrefour d’intercultures a fait connaître ses diverses activités, dont la francisation pour mamans immigrantes, qui permet de briser l’isolement dont celles-ci sont souvent victimes. Un programme d’alternance travail-études a aussi été présenté par l'organisme.

Le point rassembleur de l'activité fût les témoignages de gens ayant participé au programme de jumelage et francisation, organisé par le Carrefour d'intercultures. Ainsi, des familles québécoises ont accompagné des familles nouvellement arrivées afin de les aider à s’y retrouver, à sortir de leur solitude. Alors que les uns tentaient d’expliquer des expressions ou coutumes typiquement québécoises, les autres se faisaient un devoir de faire découvrir les joies culinaires de leur pays d’origine. Des deux côtés, on s’est dit grandi de l’expérience.