Ne parler ni français ni anglais à Laval

Anne-Laure Jeanson anne-laure.jeanson@tc.tc
Publié le 25 mars 2011
«Tout cela n’est pas dans notre mandat d’accompagnement socio-économique des familles», dit Denis Arvanitakis. (Photo: Alarie Photos)

Saadia Abass est arrivée à Laval le 3 juin 2010 avec ses cinq enfants. Après avoir fui l’Irak, la famille a d’abord séjourné six ans en Syrie.

«La famille n’a pas eu la chance d’apprendre le français avant d'arriver. À Laval, les premiers temps, ils se retrouvent sans moyen de communication», affirme le directeur du Carrefour d’Intercultures de Laval (CIL), Denis Arvanitakis.

Mme Abass et trois de ses enfants, Omar, 19 ans, Hanen, 15 ans et Abderahman, 10 ans, ont besoin de soins médicaux.

Blocage

En général, pour la première évaluation de santé, le CSSS fait venir un traducteur de la Banque interrégionale d’interprètes, basée à Montréal, constate l’intervenante du CIL, Maria Elena Pinto.

«Après, s’il faut faire des analyses dans des cliniques externes, à l’hôpital, ça bloque, parce qu’ils n’ont pas d’interprète», poursuit-elle.

Banque d’interprètes

Selon le chef du service des communications du CSSS, Mathieu Vachon, «le système fonctionne, mais il n’est pas à toute épreuve.»

«Nous avons une banque d’interprètes bénévoles à l’intérieur du réseau que l’on peut appeler au besoin», avance-t-il.

«Mais est-ce que l’infirmière, qui travaille au CLSC Sainte-Rose, va se déplacer pour aller à l’hôpital faire de la traduction ? Non, elle est payée comme infirmière», dit Denis Arvanitakis.

«Ils nous disent qu’ils utilisent la Banque interrégionale de Montréal. Est-ce qu’ils le font? Comment ils le font? Selon notre expérience, ils ne le font pas», ajoute-t-il.

Le réseau lavallois utilise 5 % des services de la Banque interrégionale. Le coût s’élève à 66 $ pour deux heures minimum, sans compter le transport.

Proposition du CIL

«On doit trouver une autre solution plus souple, plus légère, qui répond sans attendre aux besoins existants», note M. Arvanitakis.

Le CIL a proposé de mettre sa propre banque d’interprètes au service du CSSS. «Cela coûterait 15 $ de l’heure, ce qui est beaucoup moins cher, tout en étant beaucoup plus efficace», selon son directeur qui dit préférer «des interprètes non spécialisés que rien.»

Expérience vécue

Mme Abass a passé des examens au CLSC Sainte-Rose. Tout s’est bien déroulé, car une employée y comprend l’arabe.

Mais à chaque fois qu’elle s’est rendue à la Cité-de-la-Santé pour un rendez-vous, la secrétaire du CIL, Rabab Marta, qui parle aussi arabe, a reçu un appel. «Même quand le CSSS appelle chez elle, on lui parle en français. Alors, Mme Abass lui dit: “appelle le Carrefour”», raconte Mme Marta.

Saturation

«Le problème, c’est que ça ne finit jamais, dit Mme Pinto. Lorsqu’il y a une maladie qu’il faut traiter, il y a un suivi. Tous les rendez-vous passent par nous, alors qu’ils pourraient le faire avec un interprète.»

«Tout cela n’est pas compris dans notre mandat d’accompagnement socio-économique des familles», précise M. Arvanitakis.

«On ne veut pas créer de système parallèle pour ces personnes, on veut qu’elles aient les mêmes droits, qu’elles aient accès à la santé comme le reste de la population», conclut-il.

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