Sa fille Éloïse sera présente dans son cœur à jamais

Enceinte de 38 semaines, elle doit dire adieu à son bébé pas encore né

La famille de Mathilde Champagne a dû réapprendre à vivre et à profiter de la vie sans Éloïse à ses côtés.

TÉMOIGNAGE. Le 1er octobre 2014, Mathilde Champagne, alors enceinte de 38 semaines, a vécu l’impensable: elle est revenue à la maison sans son bébé. Près de deux ans plus tard, sa fille, feu Éloïse, l’accompagne toujours aussi intensément.

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« On n’était pas préparés, confie cette mère. L’état de choc nous a fait du bien, il nous a donné la force de continuer. Mais plusieurs mois après, ça te rentre encore dedans. »

Déjà mère de deux garçons, aujourd’hui âgés de cinq et sept ans, Mathilde Champagne a planifié de vivre pleinement les premiers temps avec son troisième enfant.

Ses deux garçons sont préparés à l’arrivée de leur petite sœur. Chaque soir, ils donnent un bisou sur le bedon de la mère pour souhaiter la bonne nuit à celle avec qui ils partageront bientôt de beaux moments fraternels.

Malheureusement, la vie en décide autrement. À un peu moins de deux semaines de l’accouchement, le cœur de la petite Éloïse cesse de battre.

« On appelle ça une mort in utero, explique calmement Mme Champagne. Il a fallu procéder à un accouchement forcé. »

La mère doit ainsi mettre au monde un enfant qui a déjà cessé de vivre.

« À l’hôpital [de la Cité-de-la-Santé à Laval], ils faisaient attention à moi, raconte Mathilde Champagne. Il prenait le temps de prendre soin de moi, de répondre à mes questions. Je crois qu’on m’a donné une chance, comme je vivais cette situation. »

Comme si elle était là

Quand Éloïse vient au monde, les infirmières demandent aux parents de la prendre dans leurs bras, de l’enrouler d’une doudou, de la prendre en photo… De vivre le moment comme si leur enfant était bien vivant.

« On n’était pas préparés à vivre le deuil, rappelle tristement la maman. Je ne savais même pas à quoi ressemble un bébé mort. Cette étape m’a aidée. »

Vient alors le moment de revenir à la maison, les mains vides. Alors que les parents s’attendaient à entendre des pleurs et des cris de bébé, c’est le silence qui les attend. Alors que les frères s’attendent à connaître leur sœur, c’est l’absence qu’ils rencontrent.

« C’était mon troisième enfant, dit Mathilde Champagne. Mais j’ai trouvé ça plus déstabilisant que d’avoir un premier bébé. On avait de la misère à vivre le quotidien. On voulait toujours dormir. »

Des présentations d’adieu

Puis, arrive le temps des adieux. À la clinique du deuil périnatal du CISSS de Laval, on propose à la famille d’organiser des funérailles, offertes gratuitement en partenariat avec le Cimetière de Laval [voir texte intitulé « Le deuil périnatal: dire adieu à un petit être inconnu »].

« Exposer Éloïse a été une très bonne idée, puisqu’on l’a présentée à la famille, assure Mme Champagne. Ma mère m’a dit que c’était presque un baptême. C’était important pour moi pour redonner à Éloïse sa place dans notre famille. »

Cette étape permet aussi aux parents de montrer qu’ils tiennent le coup, mais qu’ils ont besoin d’être entourés.

À partir de ce moment, tous les membres de la famille peuvent vivre leur cheminement du deuil.

« Pour mes deux garçons, Éloïse est devenue une étoile, raconte celle qui a utilisé le livre Mort, mais pas dans mon cœur pour expliquer ce décès aux enfants. Depuis, avec mon plus jeune, on lui envoie un bec au moment du dodo. Avec mon plus vieux, ce sont des chatouilles. »

Autant la mère que le père ont beaucoup pleuré dans cette épreuve. Puis, le temps a fait son travail. La douleur s’est estompée. La tristesse a fait la place à de doux souvenirs.

« Ça fait du bien d’en parler, conclut la maman qui possède un magnifique portrait de sa fille. Ça la fait vivre et c’est bon pour moi. »

Lire aussi: Le deuil périnatal: dire adieu à un petit être inconnu

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