Maïgwenn Desbois: danser pour exprimer sa différence

Benoit LeBlanc benoit.leblanc@tc.tc
Publié le 12 avril 2013
Maïgwenn Desbois a poussé plus loin son travail chorégraphique sur le rejet et l’exclusion.(Photo: Daniel Therrien)

La chorégraphe et interprète de gigue contemporaine Maïgwenn Desbois présentera pour une seconde fois sa dernière création, Six pieds sur Terre, le 18 avril, au Cabaret du Mile End, dans le cadre du festival Vue sur la relève.

La grande première a eu lieu lors de la Biennale de gigue contemporaine, qui s’est déroulée du 21 au 24 mars, au Monument National, à Montréal. La réaction a été unanime envers l’efficacité, l’humour et la richesse du propos de l’artiste.

«Je ne pensais pas devoir consoler certains spectateurs à la fin, de raconter la résidente de Sainte-Rose. Les gens m’ont confié que je leur faisais vivre des boules d’émotion spontanée.»

Deux partenaires

Ce qui a beaucoup surpris, c’est que Maïgwenn Desbois a décidé il y a quelques années de créer en compagnie de deux partenaires aux handicaps diamétralement opposés. Anthony Dolbec vit avec un syndrome d’Asperger, alors que Gabrielle Marion est atteinte du syndrome de Williams.

«Autant Anthony, à 28 ans, est souple, au caractère plus inhibé. Il se déplace avec grâce et possède une oreille musicale quasi parfaite. Autant Gabrielle n’a ni souffle ni aucune orientation spatiale, avec un caractère très extraverti, hypersociable», observe-t-elle.

Il s’agit d’une seconde collaboration pour le trio qui avait présenté Dans ta tête à la Biennale de l’an dernier. Ils reprendront d’ailleurs cette oeuvre, qui est consacrée aux peurs et aux façons de les surmonter, le 25 avril, à l’Espace George-Émile Lapalme de la Place des Arts.

Combattre l’exclusion

Ayant vécu elle-même les effets pervers du rejet et de l’intimidation lors de son passage à l’école secondaire Villemaire, Maïgwenn Desbois est depuis toujours sensible au phénomène de l’exclusion.

Depuis plusieurs années, la jeune femme de 35 ans enseigne la danse au Centre des arts de la scène Les Muses, spécialisé dans l’accueil de personnes vivant avec un handicap, et ce, dans un but d’intégration professionnelle. Elle y a d’abord entrepris un travail avec Anthony, avant d’inviter Gabrielle à se joindre à la danse, en 2010. À force d’improvisations, ils ont créé des images fortes.

«Par une gestuelle sensible et authentique, avec des mots qui vont droit au but, nous allons à l’essentiel de ce qu’on est et de ce qu’on vit, souligne-t-elle. Dans Six pieds sur Terre, chacun a son solo, alors que nous ne sortons jamais de scène. Je voulais pousser plus loin et plus profondément mon propos sur l’isolement face à la différence.»

Parcours atypique

Née en France, Maïgwenn Desbois a passé sa petite enfance en Beauce avant que sa famille ne s’installe dans Saint-Vincent-de-Paul, quand elle avait huit ans, pour ensuite mettre le cap sur Sainte-Rose. Après les écoles primaires Notre-Dame, La Tour et Demers, elle a débuté son secondaire à Villemaire pour le terminer à HorizonJeunesse.

C’est de manière autodidacte qu’elle a développé son amour de la danse. D’abord rompue à la danse contemporaine, possédant une solide base de ballet classique, la carrière professionnelle de Maïgwenn Desbois a réellement pris son envol durant les 10 ans passés au sein de la compagnie de Marie-Soleil Pilette. Elle a ensuite fondé sa propre compagnie de gigue contemporaine: Maï(g)wenn et les Orteils.

La compagnie de danse Maï(g)wenn et les Orteils présente «Six pieds sur Terre», chorégraphie de Maïgwenn Desbois, le jeudi 18 avril, à 20h, au Cabaret du Mile End (5240, avenue du Parc), dans le cadre du festival Vue sur la relève, ainsi que «Dans ta tête», le 25 avril, à 17h et 19h, à l’Espace George-Émile Lapalme de la Place des Arts (175, rue Sainte-Catherine Ouest), à Montréal.