Un bagne qui fait encore BANG!

Benoit LeBlanc benoit.leblanc@tc.tc
Publié le 18 octobre 2016

Lael Stellick et Milan Panet-Gigon revisitent comme interprètes ce véritable tour de force chorégraphique.

©Gracieuseté – Rolline Laporte

DANSE. Il y a 25 ans, Jeff Hall accoste son ami Pierre-Paul Savoie à la sortie de leurs études en danse, Université de Concordia. «Je veux sauter dans le vide!» lui dit-il. Ensemble, ils créent la chorégraphie emblématique Bagne, imaginant une immense structure métallique, métaphore de nos prisons intérieures.

La production québécoise décrochera même un prix Bessie, Off-Broadway, à New York.

«Cette immense cage sur deux étages nous a poussés à travailler le thème universel de l'enfermement, que ce soit le grillage de la cour d'école, la clôture isolant une propriété ou, plus symboliquement, la difficulté de se libérer de nos barreaux», d'exprimer Pierre-Paul Savoie qui a fait appel à une toute nouvelle équipe pour cette recréation.

Rencontre de deux arts

Ce spectacle est le résultat d'une rencontre entre la danse et le théâtre. Dans son exploration de cette cage métallique, le duo d'interprètes exprime puissamment la quête de liberté et la tendresse entre deux humains prisonniers de leur condition.

«Plusieurs y voient la dualité d'une même personne, d'autres croient à une relation de couple, mentionne Pierre-Paul Savoie. À Vancouver, les spectateurs imaginaient les deux solitudes canadiennes, alors qu'en Allemagne, on y voyait la confrontation et l'union de l'Est et l'Ouest.»

Troisième version

Les forts athlétiques Lael Stellick et Milan Panet-Gigon relèvent ce défi de théâtre physique lancé par Jeff Hall et Pierre-Paul Savoie un quart de siècle passé.

Pour cette relecture contemporaine, les créateurs ont été imprégnés des images de la chute des Tours jumelles, la prison de Guantanamo et plus près de nous, du terrorisme de Daesh. La scénographie est signée Bernard Lagacé.

«Pour reprendre la pièce, nous devions absolument avoir des résonnances d'aujourd'hui, de continuer Pierre-Paul Savoie. Il nous fallait aussi des interprètes capables de dépasser la dimension de danseurs. Cette œuvre exige une complicité très forte entre eux, tout en maîtrisant une capacité physique spectaculaire.»

Bernard Falaise a composé une musique renforcée par la conception sonore de Larsen Lupin. Également, les éclairages de Marc Parent ont eu beaucoup à dire dans le succès obtenu à Broadway.

Notons qu'il y a 18 ans, la seconde version de Bagne mettait en scène 2 femmes (Carole Courtois et Sarah Williams). «Ç'avait été une expérience fascinante où nous avions découvert la différence de perception de certains tabous, soit la tendresse chez les hommes et la violence du côté féminin.»

PPS Danse et Danse Danse présentent «Bagne» le jeudi 20 octobre, à 20h, à la Maison des arts de Laval (1395, boulevard de la Concorde Ouest). Information: 450 667-2040.