Faire tomber les clichés et bâtir des ponts

De gauche à droite: Leticia Hamaoui, Marco Colin, Christophe Payeur, Natasha Kanapé Fontaine, Charles Bender, Xavier Huard, Alexandre O'bomsawin, Xavier Mary et Francis Hamel.

Les questions et commentaires des alloctones sur les réalités autochtones laissent transparaitre leur curiosité, mais surtout leur méconnaissance du sujet. Comment arriver à combler le fossé? Métro est allé à la rencontre de personnes qui travaillent à bâtir des ponts entre Québécois et Autochtones.

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« Paies-tu tes taxes? », « Paies-tu l’Hydro? », « Si tu ne portes pas de fourrure, t’es pas une vraie Autochtone ». Des phrases comme celles-là, Bérénice Mollen Dupuis, qui est chargée de projets en éducation au centre Montréal Autochtone, en a entendues souvent. Et elle n’est pas la seule.

Widia Larivière et Melanie Lumsden

« C’est pas tout le temps des questions, mais aussi des commentaires, expose Mélanie Lumsden. Quand tu dis que t’es Autochtone et que t’as pas [le physique] de Pocahontas, les gens font “ah, je vois… tes joues, ton nez, tes yeux, oui c’est vrai, je fais des liens”».

Mélanie Lumsden est Inuit par sa mère et Belge par son père. Avec Widia Larivière, dont la mère est algonquine, elle a récemment fondé l’organisme Mikana, dont la mission est entièrement consacrée à la sensibilisation et à l’éducation sur les questions autochtones. Mikana a, dans les derniers mois, produit avec le Wapikoni mobile une courte vidéo portant le titre Où sont tes plumes?, dans laquelle Bérénice Mollen Dupuis et sa sœur, Mélissa, reviennent sur des préjugés qu’elles entendent régulièrement.

L’approche de Mikana est axée sur les réalités socio-historiques, plutôt que sur les éléments culturels. Ainsi, Mélanie Lumsden et Widia Larivière préparent et donnent des ateliers, dans des organisations ou des cégeps, par exemple, où sont abordées diverses questions comme le droit de vote (accordé aux Autochtones par le Québec en 1969), la Loi sur les indiens ou les pensionnats. Elles souhaitent mettre un terme au racisme et à la discrimination envers les Autochtones, combler le fossé creusé par la méconnaissance des peuples et, ultimement, jeter les bases qui permettront de passer à un autre niveau afin de pouvoir parler d’enjeux plus grands, comme l’auto-détermination des peuples autochtones.

« J’aimerais que Mikana soit sollicité par des gouvernements pour les aider à implanter [des programmes] at large, de façon institutionnalisée. En ce moment, ça repose beaucoup sur des gens qui font des initiatives super géniales, mais qui sont ponctuelles, ou personnelles », rêve à voix haute Widia Larivière.

Mon histoire, c’est pas moi qui l’a écrite. Aujourd’hui, on essaie de rétablir des faits qui ont été écrits il y a tellement longtemps. C’est difficile. Marco Collin, comédien Innu

Un théâtre qui rapproche

Pour les comédiens Charles Bender, Huron-Wendat, et Marco Collin, Innu de Mashteuiatsh, et le metteur en scène Xavier Huard, le rapprochement entre les cultures se fait à travers le théâtre. Leur compagnie, les Productions Menuentakuan, a présenté en février dernier Muliats, au Théâtre Denise-Pelletier. Ils planchent maintenant sur un projet de tournée dans les communautés autochtones et dans des villes de région afin de présenter la pièce, dont la prémisse est la rencontre entre Shaniss, Innu de Mashteuiatsh, et de Christophe, son colocataire alloctone montréalais. Une rencontre qui ne se fait pas sans malaise – parce que l’un commet certains faux pas selon l’autre – mais où il n’y a ni bon ni méchant.

« Dans Muliats, on rit un peu de cette ignorance. On montre son côté absurde et rigolo, mais c’est quand même quelque chose qui est grave », précise Xavier Huard. Après chaque représentation, le public était invité à discuter – sur les réalités exposées, non sur l’art théâtral – avec la troupe autour d’un thé du labrador. « La rectitude politique a vraiment beaucoup d’avantages, mais elle peut être mal utilisée, ou devenir un frein. Une fois qu’on brise ça [en abordant de front le malaise entre Shaniss et Christophe], on peut enfin se dire les vraies affaires sans avoir peur de s’enfarger dans les mots», croit Charles Bender. 

Muliats a reçu un très bel accueil à Montréal, jouant plusieurs soir à guichets fermés à la salle Fred-Barry. Mais, en général, « dans [les milieux urbains], il y a très peu d’occasions pour les Québécois d’entrer en contact avec les Premières nations », constate de son côté Alexandre Bacon, aussi Innu de Mashteuiatsh. M. Bacon est derrière le Cercle Kisis, une organisation implantée à Québec et à Gatineau qui vise le rapprochement entre les peuples et rayonnement des cultures autochtones. Le Cercle Kisis mise sur la création de lieux d’échange et d’assemblées citoyennes et le soutien d’événements spéciaux qui permettent le rayonnement des cultures autochtones.

 

Des groupes qui oeuvrent à combattre les préjugés et à favoriser le dialogue. Des projets culturels et éducatifs stimulants. Des jeunes qui travaillent pour leur nation. Parce que tout n’est pas noir dans les communautés autochtones, TC Média présente l’autre côté de la médaille, à Montréal et en région. Consultez notre dossier complet:

- Odanak : Entre éducation et défis
- 7 questions – et réponses – sur les Autochtones
- Enseigner la «vraie» histoire
- Des changements en enseignement de l’histoire : plus de place aux Autochtones?
- Un souffle aux cultures autochtones
- Vers une «ambassade» autochtone au coeur de Montréal
- Carte interactive: Les communautés autochtones du Québec

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