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La grande séduction

Une chronique de Martin McGuire

Publié le 27 juin 2017

Karl Alzner, défenseur des Capitals de Washington.

©The Associated Press

Avec l'ouverture prochaine du marché des joueurs autonomes, les équipes rivaliseront pour attirer chez eux les meilleurs. Le plafond salarial dicte un peu la façon de faire. Ce ne sont pas toutes les équipes qui peuvent aller jouer dans ce marché dispendieux…

Il y a deux groupes d'acheteurs dans la LNH: ceux qui regardent à rabais, qui ne peuvent dépenser jusqu'au plafond de 75 millions $, et les acheteurs agressifs, à qui la LNH doit imposer une limite de 75 millions $ parce qu'ils pourraient dépasser généreusement ce montant…

Le marché de cette année renferme quelques candidats intéressants. En raison d'un plafond salarial, la différence entre choisir une équipe plutôt qu'une autre pour un joueur autonome, est très mince.

À une certaine époque, l'écart du taux d'imposition fiscal entre les villes américaines et canadiennes représentait un inconvénient majeur. Aujourd'hui, rarement entendons-nous qu'il s'agit d'un argument massue. Le taux d'imposition est certes un argument majeur, mais il s'accroche à un ensemble de raison faisant pencher la balance.

Ce qu'on entend le plus souvent est: ais-je la possibilité de gagner un championnat avec cette équipe? C'est là où l'importante différence se fait pour attirer un joueur autonome sans restriction, surtout s'il s'agit d'un joueur qui n'a pu graver son nom sur la Coupe Stanley. V vos arguments deviennent alors massue.

Aurais-je la chance de m'établir et d'être mis en valeur, d'être utilisé de façon adéquate dans cette équipe? Voici l'autre question que les autonomes se posent maintenant.

Le passé nous soulève quelques histoires, où les joueurs attirés par les dollars se sont retrouvés dans des équipes où malheureusement, leur carrière a chaviré.

On appelle ça des mauvais mariages. Le joueur d'aujourd'hui choisit un environnement où il sera utilisé à son meilleur. Si c'est un ailier, il regardera quels sont les joueurs qui peuvent potentiellement lui passer la rondelle; si c'est un défenseur, il regardera qui sera son partenaire et par combien de minutes de jeu par match se traduira cette association.

Pour avoir un bon mariage, il faut que le joueur se sente bien. On oublie parfois que les joueurs de hockey sont des humains comme vous et moi. La ville, l'environnement de cette ville et la qualité de vie pour les joueurs ayant des familles (c'est le cas de plusieurs qui atteignent l'autonomie, les joueurs deviennent papa plutôt que les jeunes hommes en général…). À ce moment, la conjointe devient la personne à convaincre lorsque l'opération de séduction se fait.

Les joueurs de hockey ne sont pas différents de nous; si nous avions demain la possibilité de monnayer notre talent dans un marché conçu pour le faire, plusieurs d'entre nous agiraient ainsi. Un joueur heureux dans son équipe performe bien, est entouré d'une famille qui est bien, dans la ville où elle évolue.

Il reste l'élément température. Il est vrai que le climat d'une ville peut rentrer en ligne de compte. Mais il ne s'agit pas d'un argument majeur, ça fait aussi partie d'un ensemble. Les joueurs arrivés à l'autonomie regarderont attentivement la chimie qu'ils pourraient développer avec leurs coéquipiers, les joueurs-clés de l'équipe, l'entraîneur et le directeur général. Les dirigeants d'une équipe de la LNH imposent une certaine philosophie à l'organisation et un joueur autonome averti, conseillé par un bon agent, prendra cette variable en compte lorsque viendra le temps d'inscrire son nom au bas du contrat.

Karl Alzner, défenseur des Capitals de Washington, âgé de 28 ans, doit quitter la capitale américaine pour des raisons de plafond salarial. S'il n'y en avait pas eu, Alzner serait resté dans cette équipe capable de remporter un championnat. Mais là, il cherchera à retrouver une situation semblable sur le plan hockey.

Étant donné qu'il n'y a pas beaucoup de défenseurs disponibles, surtout en bas de 30 ans, et un joueur comme lui capable de jouer des minutes importantes sur la glace, Alzner aura le choix.

Le Canadien se voit offrir une opportunité. Alzner a choisi de venir passer deux jours à Montréal. Dans le passé, certaines opérations séduction ont échoué chez le Canadien. Les deux cas les plus documentés sont ceux de Brendan Shanahan et Daniel Brière. Le Canadien a tout fait pour séduire, mais les joueurs concernés ont décidé de lui tourner le dos.

Aussi réussie soit l'opération de charme pour attirer Alzner à Montréal, il n'est pas garanti qu'Alzner porte le chandail du Tricolore. Les conditions gagnantes devront être réunies. Le CH en a quand même quelques-unes. Alzner est gaucher et il aurait la possibilité de jouer sur le premier duo avec Shea Weber. Ce n’est pas un petit argument. S'il a choisi de venir passer deux jours à Montréal, c'est qu'il est suffisamment intrigué par le Canadien pour venir voir par lui-même.

Le Canadien a impérativement besoin de combler cette chaise sur le flanc gauche à la ligne bleue et l'ancien des Capitals représente une belle carte.

Il y aura aussi une deuxième vague dans ce marché des joueurs autonomes. Lorsque la tempête du 1er juillet sera passée et que les plus convoités auront pris les places disponibles, viendront les autres. Des joueurs plus vieux, plus près de la fin de leur carrière, arrivés au bout du chemin avec leur équipe.

À ce moment, la vapeur sera un peu renversée, c'est le moment où les équipes ont un peu plus le choix. Pour repérer un bon environnement, les agents libres de la deuxième vague vont chercher à trouver le même équilibre que leurs confrères plus convoités, mais devront faire de petites concessions pour y arriver.

Le Canadien est dans une position intéressante pour attirer quelques candidats, mais il est très difficile de savoir si réellement, le CH prétend à un championnat. C'est une bonne équipe avec des atouts, mais ce n’est pas encore Pittsburgh et ce n’est pas la Californie. Le ou les joueurs qui choisiront la destination du Canadien auront été séduits pour des raisons plus rationnelles.

Une tendance est cependant assez forte depuis quelques années: les joueurs ayant la possibilité de trouver un arrangement pour rester où ils sont privilégient cette option. C'est vers ceux qui n'ont pas le choix de déménager que le CH se tournera et Alzner arrive en tête de liste.

Il y aura quelques bons vétérans disponibles après, mais il s'agira de faire le choix judicieux. N'oublions pas que le 1er juillet est la journée des mauvais contrats; trop longs, trop chers. Mais que voulez-vous.

Le CH et les Québécois

Toute une polémique médiatique se dégage de la performance du Canadien à la séance de repêchage à Chicago ce week-end.

Encore une fois, le Canadien a préféré repêcher majoritairement des joueurs de l'ouest plutôt que des Québécois. Il y a, depuis quelques années, une constante: lorsque le Canadien cible un Québécois en particulier, il ne semble pas être en mesure de mettre la main dessus. Ce fut le cas en fin de semaine avec Zachary Lauzon, qui s'est retrouvé à Pittsburgh. Les Québécois Comtois et Morand ont trouvé leur place à Anaheim. Mais visiblement, le Canadien ne les convoitait pas.

Ce fut la même chose il y a quelques années alors que Marc Bergevin a tenté de transiger pour repêcher le défenseur québécois Samuel Morin, sélectionné plutôt par les Flyers.

Deux problèmes doivent être soulevés: est-ce que le Canadien fait de la sélection de joueurs québécois une réelle priorité et est-ce que les joueurs québécois talentueux, de moins en moins nombreux, deviennent des incontournables?

Les 30 autres équipes de la LNH savent pertinemment qu'un Québécois a plus de valeur à Montréal que partout ailleurs. Est-ce que le CH doit payer plus cher que les autres quand vient le temps de sélectionner un gars de chez nous avec un grand potentiel? En attendant d'avoir un nombre de joueurs incontournables, la question doit se poser.

Dans d'autres chroniques précédentes, j'ai eu l'occasion de soulever le problème récurrent de talent au Québec. La base n'est pas assez nombreuse, le talent n'est pas assez important et les plus doués n'ont pas assez d'adversité pour dominer leur ligue de développement. En gros, le problème c'est ça; trop d'équipes, trop de besoins, pour la qualité du talent disponible.

Les solutions sont nombreuses, plusieurs spécialistes se sont déjà prononcés, mais les choses ne changent pas. Si nous pensons que le retour de la LNH à Québec va tout régler, oublions cette utopie. Il y aura maintenant deux équipes au lieu d'une seule pour qui les joueurs francophones auront plus de valeur que partout ailleurs.

Croyez-moi, si la manne de talents n'est pas plus importante d'ici là, ce sont les autres équipes de la LNH qui vont en profiter. Par contre, le CH ne peut pas oublier ses devoirs. Quand vient le temps d'établir le classement des joueurs, les dépisteurs du CH doivent s'assurer d'avoir le bon classement, de bien évaluer les joueurs disponibles pour ne pas que l'on oublie un autre Patrice Bergeron ou Simon Gagné. Ça, c'est le devoir du Canadien. L'idée n'est pas d'en avoir six par année, c'est d'avoir le bon.