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Recrutement, développement

Une chronique de Martin McGuire

Publié le 4 juillet 2017

©La Presse canadienne

Le Canadien de Montréal a sécurisé cette semaine son plus bel actif, en faisant de Carey Price le gardien le mieux payé de la LNH et le mieux rémunéré de son histoire. 

Il existe parmi le public et les partisans deux courants de pensée: celui qui va dans le même sens que la décision de Marc Bergevin, soit de conserver son meilleur joueur et d'identifier Price comme le joueur franchisé et de le garder à Montréal, alors que l'autre courant de pensée est qu'on aurait dû investir moins dans un gardien pour pouvoir en mettre plus ailleurs.

Cette dernière théorie tient la route à certains endroits, à l'épicerie par exemple. Il est préférable de distribuer le budget pour avoir le plus possible de variété et de produits existentiels dans le panier au lieu de choisir le produit de luxe. Dans quelques endroits comme ça, c'est une philosophie qui marche.

Mais dans d'autres sphères d'activité comme le hockey professionnel, ça ne tient pas la route. Les équipes qui se contentent d'un gardien moins bon que Price le font parce qu'ils n'ont pas la possibilité de mettre la main sur un gardien aussi talentueux que lui. C'est aussi simple que ça.

Prenez par exemple les Blues de St-Louis, qui, année après année, ont présenté des équipes équilibrées, sans être capables d'aller plus loin parce qu'ils n'ont pas de gardien à la hauteur de celui qui joue à l'aréna sur l'avenue de la Gauchettière à Montréal. C'est un peu comme s'ouvrir un restaurant: on ne laisse pas partir un très bon chef en disant «Je vais pouvoir au moins avoir deux bons serveurs et un gérant moyen en retour». Ça marche pas! Pour avoir un bon resto, ça prend un bon chef, parce que si ce qui sort de la cuisine n'est pas délicieux, le meilleur serveur ou la meilleure serveuse au monde n'y pourra rien.

À peine quelques équipes dans l'histoire récente de la LNH ont pu se passer d'un gardien de premier plan, et encore, certaines de ces équipes gagnantes ont bénéficié d'un cerbère naissant qui, à un moment donné de sa carrière, a joué le meilleur hockey de sa vie.

Les équipes de baseball qui remportent la Série mondiale ou qui s'offrent une place en séries ont de bons lanceurs. Rares sont les clubs de balle qui ont réussi à atteindre le cercle des vainqueurs avec des lanceurs moyens, mais un excellent premier but.

Le prochain défi du Canadien, après avoir consolidé son association avec Carey Price, sera d'être génial en recrutement et développement. Cela fait plusieurs années qu'on en parle, c'est devenu le nerf de la guerre. La faiblesse du dollar canadien, pays d'où provient une bonne partie des revenus de la LNH, oblige les organisations responsables à recruter et développer du talent pour entourer ceux ou celui qu'on identifie comme le joueur concession. Le système fonctionne ainsi, c'est comme ça que ç'a été créé de toutes pièces par les proprios d'équipes sportives professionnelles.

Maintenant que le CH a attaché son chef renommé pour longtemps, il faut travailler à mettre autour de lui une équipe solide. Seules quelques équipes ont pu, en raison de quelques années médiocres, ont pu s'offrir quelques joueurs concession en même temps, mais pour des raisons évidentes, le proprio du CH refuse d'y aller de cette façon. Alors c'est pas sorcier, y'a pas de tour de magie et dans le hockey, on ne sort pas les bons joueurs d'un chapeau haut-de-forme. On doit travailler d'arrache-pied à les recruter et ensuite, à les amener à leur plein potentiel.

Radulov à Dallas

Le marché des joueurs autonomes de cette année nous a encore une fois indiqué que les équipes qui possèdent de bonnes réserves ne font pas de gestes irréfléchis. L'an passé, Loui Ericksson, David Backes et Andrew Ladd ont profité des faiblesses des Canucks, des Bruins et des Islanders pour décrocher des contrats irrationnels.

Lors de son point de presse qui a suivi la signature de Carey Price, du bout des lèvres, Bergevin a parlé de loyauté. Je ne suis pas toujours d'accord avec ce que fait le directeur général du CH, mais cette fois, je suis obligé de nager dans le même courant. Radulov a été adulé, aimé et respecté à Montréal comme il ne l'a jamais été dans sa carrière professionnelle. Les partisans lui ont ouvert leurs bras. J'arrive mal à comprendre pourquoi un joueur qui carbure aux émotions n'est pas parvenu à mettre ça dans la balance.

Le CH avait franchement besoin d'un attaquant à greffer à son top 6 pour être une équipe respectable en attaque et que l'addition de Jonathan Drouin fasse du sens.

Mais le dossier Radulov a connu une conclusion malheureuse pour le Canadien. Trois jours après l'ouverture du marché des joueurs autonomes, l'attaquant russe est parti à Dallas dans le fracas. Une histoire un peu rocambolesque, qui, en fin de compte, fera perdre le Canadien beaucoup plus que Radu, lui qui a reçu quand même un contrat de cinq ans pour plus de 30 millions $ et qui se retrouve en plus dans un coin de la planète où il sauvera 800 000$ en impôts. Pas si mal sur le plan des affaires!

Le Canadien est perdant, puisqu'à la fin de la journée, comme nous le dit souvent Marc Bergevin… ils sont privés d'un attaquant capable de faire la différence. Radulov n'avait pas de statistiques spectaculaires à vendre, mais il a profité d'un marché où le talent était rare.

Le Canadien a rapidement, via son vice-président aux communications, Donald Beauchamp, déclaré qu'une offre de contrat identique à celle que Radulov a acceptée des Stars a été déposée samedi dernier à midi. Lors de la période de «maraudage», les Stars avaient profité de l'occasion pour se rapprocher du clan Radulov. Dallas a signifié son intérêt et sans parler de chiffres, l'agent de Radulov savait pertinemment qu'en cas d'offre égale, c'est à Dallas que son client gagnerait.

Les explications de l'attaquant russe lors de son point de presse téléphonique lundi avaient l'air d'une histoire cousue de fil blanc. Tantôt, selon lui, le Canadien n'allait à pas plus que 3-4 ans, et trois minutes plus tard, il était prêt à se rendre à 5, son exigence de base. Oh, pardon! Ce que l'agent de Radulov voulait initialement, c'était 7 ans, mais ça, même pas les Stars n'étaient intéressés à aller jusque-là.

Visiblement, l'agent et Marc Bergevin n'ont pu créer un climat propice à une entente. Dès les premières réunions en janvier, ça s'était mal passé. C'est une business, comme le disent les joueurs et les directeurs généraux lorsqu'ils doivent prendre une décision qui fait mal.

Pour les partisans du Canadien, c'est la dure réalité qui vient de frapper. Il y a longtemps qu'ils n'avaient pas vécu de pareille situation. Un joueur qu'ils ont aimé presque inconditionnellement, malgré ses petits défauts, tourne le dos à leur équipe préférée.

Heureusement, quelques jours avant, Carey Price les avait réconfortés en leur disant qu'il s'engageait envers le Canadien, entre autres, parce que les amateurs l'ont toujours supporté et aussi respecté. Pour Price, ça avait de la valeur et visiblement, pour Radulov, ça n'en avait pas.

Cette négociation a ressemblé à un combat de boxe à la suite duquel deux boxeurs, malgré la victoire de l'un sur l'autre, sortent du ring avec des ecchymoses. Radu aura de l'argent plein ses poches, mais il n'aura pas la reconnaissance et l'amour que le public lui a portés ici à Montréal. Le Canadien lui en veut de ne pas avoir été loyal, de ne pas avoir tenu compte qu'il lui a fait confiance, alors que tout le monde doutait dans la LNH. Un doute assez important subsiste encore sur lui, puisqu'il n'y avait que le Canadien et les Stars prêts à satisfaire ses envies.

Le Canadien perd un actif, mais ça ne veut pas dire que l'équipe est perdue pour autant. La conjoncture ne s'annonce pas très bonne, vous me direz, et ce n'est pas Ales Hemsky, un joueur qui sous-performe depuis son arrivée dans la LNH, qui sera un palliatif.

Plus que jamais, la porte est ouverte. Restera à savoir si un ou deux jeunes joueurs de plus pourront faire la différence pour permettre au Canadien d'avoir suffisamment de victoires en banque pour participer aux séries.

Le cas de Galchenyuk devient une priorité absolue. Heureusement, le climat de négociation risque d'être bien différent entre Pat Brisson et Marc Bergevin.

Il y a quand même quelques leçons à tirer de tout ça chez le Canadien. En fin de compte, c'est encore le repêchage et un développement de haut niveau qui placeront le Canadien en position de force lorsque surviendront, dans le futur, d'autres situations comme celle-là.

Cette chronique est ma dernière. Ce fut un privilège et un plaisir renouvelé que d'entrer chez vous par le biais de ces quelques lignes d'opinion chaque semaine. Je souhaite continuer de vous savoir à l'écoute des matchs du Canadien à l'antenne de Cogeco, partout au Québec. Merci à vous!