Obtenir un second souffle

Caroline Lévesque caroline.levesque@tc.tc
Publié le 29 avril 2015
Line Beaucage a vécu une greffe des poumons, il y a trois ans.(Photo TC Media – Mario Beauregard) 

GREFFE. N’eût été de la greffe des poumons qu’elle a vécue, il y a trois ans, une Lavalloise n’aurait pas pu nous raconter à quel point cette intervention a aujourd’hui changé le cours de son existence.

À l’occasion de la Semaine nationale du don d'organes et de tissus, qui avait lieu du 19 au 26 avril, le Courrier Laval a rencontré Line Beaucage, une femme de 52 ans qui revient de loin. Pourtant, rien ne lui indiquait qu’elle devrait un jour vivre une transplantation, ce qui lui a littéralement donné une seconde vie.

«À l’adolescence, j’étais peut-être plus essoufflée que les autres et j’avais des grippes et des bronchites plus facilement, mais j’avais une vie bien normale», indique la résidente du quartier Auteuil.

Mme Beaucage a toujours adoré danser. Elle s’est découvert, dans la trentaine, une passion pour le country. Lorsqu’elle enchaînait les pas de danse, elle constatait qu’elle devenait essoufflée rapidement, mais pas au point de tout laisser tomber.

Les gros problèmes sont arrivés plus tard, alors qu’elle fêtait ses 40 ans. Peu de temps avant son anniversaire, on lui diagnostiquait une bronchectasie diffuse, appelée MPOC (maladie pulmonaire obstructive chronique).

L’aspergillus, un champignon, et le pseudomonas, une bactérie, ont alors envahi ses poumons.

«C’était infection par-dessus infection, se remémore-t-elle. J’étais devenue colonisée. L’énergie et le souffle diminuaient beaucoup. C’est comme si l’air rentrait, mais ne sortait pas, indique la dame. Ça donnait ce sentiment-là.»

Elle doit alors prendre l’importante décision de cesser la danse, car son corps ne peut plus suivre sa volonté. À l’hôpital, elle devenait un cas de plus en plus complexe et spécial pour les médecins.

Greffe inévitable

En 2006, soit quatre ans après l’apparition des symptômes, elle doit cesser de travailler.

«Faire la cuisine, être debout, même se laver étaient épuisants», ajoute Line Beaucage.

Malgré sa situation, elle n’a jamais voulu s’isoler ou arrêter ses activités.

«Pour les vacances, mon mari m’a proposé qu’on se procure un fauteuil roulant. Je traînais l’oxygène avec le fil de 50 pieds pour pouvoir me balancer au camping. J’allais aussi marcher le plus possible.»

Sa situation devient particulièrement critique à la fin de l’année 2009. Elle n’a plus que 28 % de ses capacités respiratoires et la greffe devient inévitable. Peu avant l’opération, les sécrétions diminuaient énormément sa qualité de vie et ses interactions sociales. Ses symptômes s’apparentaient beaucoup avec ceux des personnes ayant la fibrose kystique.

Homme non-fumeur

Le 19 novembre 2011, Line Beaucage reçoit l’appel tant espéré.

«J’étais en voiture avec mon mari, raconte-t-elle. Je lui ai agrippé le bras. On m’apprenait qu’on avait des poumons pour moi et que je pouvais me faire opérer cette même journée, en soirée.»

La joie et le stress l’ont momentanément envahie, sans compter cette insoutenable impatience avant de se rendre à l’hôpital.

On pouvait dès lors procéder à la greffe de poumons d’un homme de 37 ans qui n’avait jamais fumé.

Dès son premier test de souffle, quelques jours après la grande opération, Mme Beaucage avait 99 % de capacités respiratoires.

«Il paraît que c’est rare que ça arrive», souligne-t-elle.

Le fait qu’elle s’était maintenue active, même dans les moments les plus difficiles, avait grandement contribué à son bon rétablissement.

«La vie vaut la peine d’être vécue»

Lorsqu’on discute avec elle, on se rend compte que Line Beaucage possède une grande force intérieure et beaucoup d’humilité.

«Je ne me trouve pas si forte! lance-t-elle. Je me dis que n’importe qui dans cette situation serait pareil. Tu ne veux pas te laisser aller et tu veux vivre! La vie vaut tellement la peine d’être vécue.»

Depuis, elle a repris la danse et fait même du vélo. Certaines personnes ont pleuré au camping qu’elle fréquente en la revoyant sur la piste de danse. C’était le jour et la nuit pour elle et son entourage.

D’après les médecins, elle a gagné cinq à huit ans d’espérance de vie après la greffe. «Je veux que ça dure le plus longtemps possible», lance-t-elle.

L’amour de son entourage, comme celui de son mari, qui l’a toujours accompagnée et soutenue, de même que celui de sa mère, ses soeurs, son frère et ses amis, l’a littéralement sauvée dans tout ce cheminement.

:Cinq vies sauvées

Quatre mois après la greffe, Line Beaucage a écrit à la famille de son donneur.

«C’est difficile, c’est émotif, mais ça fait du bien, en même temps.»

Trois ans après la greffe, soit à l’automne 2014, elle envoie une deuxième lettre.

«La belle surprise, c’est que j’ai eu une réponse», souffle-t-elle, la voix tremblante d’émotion, encore émue par le geste. Elle sent un lien fort avec cette personne décédée et par extension, les gens qui l’aimaient.

«J’ai su qu’il avait sauvé cinq vies», ajoute-t-elle.